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DISCOURS
que la religion, cédant à la politique, devient indulgente pourl’exécuteur d’un meurtre ordonné par la loi de l’Etat. Il en est ducorps politique ainsi que du corps humain : si la morale et la phi-lantropie sont admises à faire prévaloir leurs touchantes leçonsauprès de l’opérateur chirurgical, qui se met en devoir d’amputerdes membres gangrenés, ou du médecin qui Va jeter quelque poisondans le sein de son malade pour en expulser des germes de mort ;ce principe vital que l’un et l’autre doivent conserver, s’éteindradevant cette doctrine auguste, qui ne permet pas plus de faire lemal physique que le mal moral, en vue d’un bien même certain.
Or le livre de Machiavel est, en politique , pour les temps dif-ficiles et la maladie des Etats, ce que les plus rigoureux pré-ceptes de la chirurgie et de la médecine sont pour les grands mauxde l'économie animale dans les individus. Il se compose de raison-nemens historiques et d’expérience sur les moyens quelquefoisviolens sans lesquels n’eût pu revenir au bonheur de l’ordre et aucharme de la civilisation, cette Italie qui, dès lors, et par celamême, s’y perfectionna bien plus tôt que toutes les autres contréesde l’Europe (i). Quiconque, sans être ni politique ni tacticien,
(i) Le president Hénault se montre du même avis dans la manière dont ilexplique la grandeur à laquelle Louis XIV a élevé son siècle. « Ce Prince,dit-il ( Abrégé chron ., an 171J ), sortoit des guerres civiles; de ce temps oùles peuples, toujours armés, nourris sans cesse au milieu des périls, entêtésdes plus hardis desseins , ne voyant rien où ils ne puissent atteindre ; de cetemps où les événemens heureux ou malheureux, mille fois répétés, étendentles idées, fortifient l’âme à force d’épreuves , augmentent son ressort, et luidonnent ce désir de gloire , qui ne manque jamais de produire de grandeschoses.... Et ce Prince possédoit le goût naturel, cet inslinct heureux qui sertà démêler les hommes; ses Ministres pensoient comme lui... Le même fondsqui avoit produit des hommes illustres dans les guerres, produisit des géniessublimes dans les lettres , dans les arts , dans les sciences. L’émulation prit laplace de la révolte; les esprits, accoutumés à l’indépendance , ne la cher-chèrent plus que dans les yues saines de la philosophie, Il n’étoit plus que*-,