StlR MACHIAVEL.
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s Saurin (t), qui, en sa qualité de calviniste français, réfugié à la
s Haye, n’étoit pas exempt des préventions de Gentillet et deLanguet
contre Machiavel, ont prétendu que cette union de la religione chrétienne et de sa morale avec la politique étoit possible dans tous
e les cas. Leur opinion, qui d’ailleurs leur attire une très grande
e estime, est rangée par tous ceux qui ont quelqu’expérience de l’art
e de gouverner les hommes tels qu’ils sont, dans la même classe que
le projet de Paix perpétuelle du bon abbé de Saint-Pierre. Les ruses> de la méchanceté humaine ne peuvent permettre l’invariabilité d’un
accord aussi respectable. « S’il n’étoit permis de régner qu’autantr qu’on rempliroit tous les devoirs de la justice éternelle, et qu’on
r observeroit toutes ses règles, dit Plutarque, Jupiter même n’en
seroit pas capable. »
On a vu que celles de la politique sont d’un ordre différent decelles de la morale. Ainsi, juger la conduite de la première avec lesprincipes de la seconde , seroit prononcer dans une matière quei l’on n’entendroit point. Quiconque a vu de près le timon d’un bon
j gouvernement en action, et à plus forte raison quiconque l’a
dirigé, sait que les règles de la morale ne lui sont pas applicablesdans tous les cas. Enfin, s’il restoit encore un peu de consistanceaux censures dont quelques moralistes ont frappé Machiavel, elles; finiroient de s’évanouir devant la judicieuse déclaration qu’il a
ï consignée dans son Livre même du Prince. « Mon intention, y esf-
i d dit, a été d’écrire des choses utiles pour ceux qui sont capables
! de les comprendre , et qui croient plus convenable de se conduire
, d’après des vérités de fait, que d’après de belles choses qui n’exis-
t tent que dans l’imagination. J’ai voulu parler sur ce qui est réelle-
ment, plutôt que raisonner sur ce qui devroit être , mais qui n’estpas, c’est-à-dire le vertueux concours de tous les sujets au bien
(i) Voyez la péroraison de son sermon sur l’ Accord d* la Religion et de laPolitique, La Haye, iqs5.
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