HISTORIQUE-
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d'impiété ce beau génie , îl chercha à le faire passer pour un sot,et soutint cette mauvaise cause avec des injures. Le public fit grâce àl’ouvrage du P. Lucchesini, en ne le considérant que comme unclief-d’œuvre d’ineptie. Un poëte italien, qu’on croit être Menzini ,
< en parla de la manière suivante dans une de ses satires :
Tante sciocchezze non coniicn quel bclloOpuscolo del Padrc LucchesiniChe taccio di cogtione il Hlachiaeello ;
Et l’on trouva presque judicieuse la méprise d’un relieur de livres jqui, pour réduire le titre du frontispice de celui-ci à l’étroit espaceque présentoit le dos du volume , y grava ces mots : Sciocchezze delPadre Lucchesini.
Non contens de décrier Machiavel en leur pays, les jésuites d’Italie,poursuit Baldelli, firent écrire contre lui par leurs confrères dans lesdifférentes contrées de l’Europe. En Espagne, le P. Ribadeneyra com-posa un Traité des vertus du Prince chrétien , dont ceux d'Italie firent enleur langue une traduction, qu’ils publièrent, en i5g8. Majs le réfu-tateur espagnol de Machiavel déshonoroit lui-même son traité dès sonepttre dédicatoire. En l’adressant à l’infant Don Philippe , héritier pré-somptif du trône de toutes les Espagnes, il l’engageoit à prendre spé-cialement pour modèles des vertus qu’il alloit lui prêcher, ceux de sesaïeux qui, par principe de religion, s’étoienl montrés les plus cruels. Illui designoit surtout « FerdinandIII, qui, disoit-il, avoit tant de zèlepour conserver notre foi pure et sincère, que, suivant, le témoignage| de graves auteurs, il ne se bornoit point à faire châtier les hérétiques,tuais alloit lui-même, lorsqu’il y en avoit quelqu’un à brûler , porterle bois et y mettre le feu. Votre altesse , concluoit le P. Ribadeneyra ,doit imiter ce saint monarque , comme encore vos ancêtres Isabelle etFerdinand V, qui chassèrent d’Espagne lès Maures ainsi que les Juifs ,ety établirent l’office de la sainte inquisition. »
F-n France, on voyoit, vers i53o , le P. Rinet inventer des fables,calomnieuses pour décrier Machiavel, et pour surpasser en cela leprotestant d’Augsbourg Spizelius , qui faisoit aussi la guerre à la mc-utoire de notre aiïteur. Biriet avoit même ensuite la hardiesse de sa