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AU MAGNIFIQUE LAURENT.
pourrez comprendre en peu d'heures ce que je n’aiconnu et compris qu’en plusieurs années, avec beau-coup de fatigue et de très-grands dangers.
Je n’ai pas rempli cet ouvrage de ces gloses prolixesavec lesquelles on fait parade de science ; je ne l’aipoint orné de phrases pompeuses, d’expressions am-poulées , ni de tous ces autres charmes extrinsèquesà la matière, par lesquels beaucoup d’auteurs ont cou-tume de parer ce qu’ils ont à dire (i). J’ai vouluque mon livre n’eût d’autre parure et d’autre agré-ment que la vérité des choses et l’importance du sujet.
Je désirerais cependant qu’on ne regardât pas commeune présomption répréhensible dans un homme decondition inférieure, et même basse si l’on veut, lahardiesse qu’il a de discourir sur les gouvernements desprinces, et de prétendre leur donner des règles. Lespeintres chargés de dessiner un paysage, doivent être,à la vérité, sur les montagnes, quand ils ont besoinque les vallées se découvrent bien à leurs regards;mais aussi ce n’est que du fond des vallées qu’ils peu-vent bien voir dans tous leurs développements les mon-tagnes et les sites élevés (a). Il en est de même en
(i) Comme Tacite et Gibbon. Noie de Buonaparte.O.
(ï) C’est par-là que j’ai commencé , et qu’il faut commencer.On connaît bien mieux le fond des vallées quand on est ensuite aufaîte de la montagne. JYote de Buonaparie . R. C.