BDOKAPARTE.
56 MACHIAVEL,peuvent pas savoir se mainte-nir clans cetteélévation(i). Ilsne le savent pas, parce qu’àmoins d’être un homme degénie et d’un grand talent, iln’est pas vraisemblable qu’a-près avoir toujours vécu dansune condition privée ( 2 ), l’onsache régner.Ils ne le peuventpoint, parce qu’ils n’ont pointde milice sur l’attachement etla fidélité de laquelle ils puis-sent compter (3).
D’ailleurs les états quise forment subitement, sontcomme toutes ces produc-tion de la nature qui naissentavec promptitude : ils nepeuvent avoir les racines etles adhérences qui leur sontnécessaires pour se con-solider (4). Le premier chocde l’adversité les renver-sera (5), si, «omme je l’aidit, ceux qui sont devenusprinces subitement, ne sontpas d’unevigueur assez grandepour être prêts aussitôt à con-server ce que la fortune vientde remettre en leurs mains,et s’ils ne se sont pas procuré
( 1 ) Il y en a bien d’autresqui sont dans ce cas. E.
( 2 ) Comme simple particu-lier et loin des états auxquelson est porté : c’est la mêmechose. E.
(3) C’est la que je les at-tends. E.
(4) Quelqu’illustre destinéequ’on ait eue en naissant, lors-qu’on a vécu vingt - trois ansdans la vie privée, comme enfamille, loin d’un peuple dontle caractère a été presque tota-lement changé, et qu’on y estensuite tout-a-coup transportésur les ailes de la fortune, etpar des mains étrangères, poury régner : c’est comme un étatnouveau du genre de ceux dontparle ici Machiavel. Les anciensprestiges moraux de conventiony ont été trop longuement in-terceptés , pour y exister au-trement que de nom. E.
(5) Cet oracle est plus surque celui de Calchas. E.