MACHIAVEL.
serveraient pas leur loi à tonégard si l’occasion s’en pré-sentait , tu n’es pas plusobligé d’observer la tièue en-vers eux quand tu y es commeforcé (i). Jamais un prince nemanque de motifs légitimespour colorer cette inobser-vance (2;. Elle est d'ailleurscomme autorisée par une in-finité d’exemples fa); et nous
BU ON APARTE.
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( 1 ) Par pari refertur.
(2) J’ai des hommes ingé-nieux pour cela. R. I.
requiert qu’on trahisse , et qu’on mente , et qu’on massacre : ré-signons celte commission à,gens plus obéissants et plus souples ».
Après un grand éloge de la bonne Foi, Montaigne continue :« Je ne veux pas priver la tromperie de son rang , ce seraitmal entendre le monde. Je sçay qu’elle a servy souvent profitable-ment , et qu’elle maintient et nourrit la pluspart des vacations deshommes. Il y a des vices légitimes ; comme plusieurs actions , oubonnes ou excusables , illégitimes. La justice , en soy naturelle etuniverselle , est autrement reiglée , et plus noblement que n’estcette autre justice spéciale , nationale , contrainte au besoing de nospolices » ( Essais , I. 3, c. 1 ).
(n) Machiavel aurait pu en trouver beaucoup dans l’antiquité.N’en citons qu’un, rapporté par Plutarque. Lorsque les Grecs hé-sitaient à violer leurs traités avec Antigonus et Craterus , apresavoir embrassé la liber lé queleuravait offerte cet Archidamus dont°n a beaucoup vanté les actions et la sagese , celui-ci leva leurs scru-pules par une observation presque toute semblable. «Labrebis ,leurdit-il , n’a jamais qu’un seul langage; mais l’homme n’a pas reçuen vain la faculté d’en avoir plusieurs , différents les uns des autres ,e t de les employer tous jusqu’à ce qu’il ait achevé ce qu’il a en-trepris de faire». Plutarque, en nous rapportant ce trait, ajoute