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Planche II.
Le faubourg Saint - Germain étant devenu très-populeux au commencementdu dix-huitième siècle, et se couvrant chaque jour de magnifiques hôtels qu’yfaisaient bâtir la haute noblesse et les plus riches particuliers, on sentit lanécessite d’y établir une fontaine nouvelle, autant comme objet d’utilité, quecomme objet d’embellissement. Après avoir balancé long-temps sur le choixde son emplacement, les échevins de la ville de Paris se décidèrent à acquérirune portion de terrain dépendante du couvent des Recollettes, ( i ) rue de Gre nelle , près de la rue du Bac, et chargèrent Bouchardon , l’un des plus célèbresstatuaires de ce temps, d’y ériger un monument, qui, par sa richesse et sonétendue, fût en harmonie avec la beauté de ce quartier opulent.
Pour répondre à la confiance et à l’attente des magistrats, l’artiste composale projet de la fontaine qui existe aujourd’hui, et qui prit son nom du nommême de la rue ( 2 ) où elle est située. M. Turgot,alors prévôt des marchands,enposa la première pierre, l’an 1 y3 g , et avant la fin de 1 y4-5 , tout l’édifice étaitentièrement achevé. La plus grande recherche avait présidé à sa construction.On n’y avait employé que des pierres tirées des carrières de Conflans-Sainte- Honorine , et appareillées avec le soin le plus minutieux. Aussi, lorsqu’ondécouvrit la fontaine de Grenelle, l’enthousiasme fut général, et on la regarda,pendant tout le reste du XVIII e siècle, comme un chef-d’œuvre de compositionet d exécution. Maintenant, dans l’esprit du public, cette opinion s’est, bienmodifiée, et peut-être les artistes de nos jours poussent-ils trop loin la sévérité.Ils blâment dans ce monument, i° son ordonnance théâtrale où rien, excepte
(1) Les Recollettes, ou filles de l’immaculée Conception, étaient des religieuses de l’ordre fondéà Tolède , par Beatrix de Silva , en 1484. Elles suivirent depuis la règle de Sainte-Claire, ets’établirent rue du Bac, l’an i63y.
(2) Cette rue a porté successivement les noms de Guernelles, Gamelle, et Grenelle, parce-qu’autrefois, dit-on, d y avait dans cet endroit une garenne dépendante de l’abbaye Sainte-Geneviève. Le fait est qu elle conduisait au château de Grenelle, situé dans la plaine du même nom.