Planche IY.
Lorsque Paris n’occupait encore que l’île de la Cité, on cultivait desvignes dans tout le quartier au centre duquel se trouve située cette fontaine.Comme la mieux exposée, la côte que forme la montagne Sainte-Geneviève,une partie de la rue Saint-Jacques, de la rue de la Harpe, et qui s’appelait lemont Leucotitius, ( i ) devait être aussi la plus renommée pour ses vins. Unfameux vignoble, le Clos Gilbert, ou Gibart, donna long-temps son nom à laporte Saint-Michel. Quantum mutatus ab illo ! Combien le même sol estdégénéré! On rencontrerait à peine aujourd’hui, dans tous les jardins du quar-tier, quelques ceps de vigne dont on n’a nulle envie de faire du vin.
Ce côté de la campagne, le premier cultivé, fut aussi le premier où l’onconstruisit un palais, et peut-être où l’on éleva un temple. Du moins, toutporte à croire que, dès les premiers temps qui suivirent l’envahissement desGaules par les Romains, il existait un temple, en l’honneur de Mercure, versl’endroit où depuis l’on bâtit le couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques.
Quant au palais, il n’y a aucun doute sur sa situation. Le fragment qui enreste, rue de la Harpe, un peu plus bas que la fontaine de la place Saint-Michel, suffit de reste pour déterminer sa position. Mais était-ce un palais ouun de ces vastes édifices, connus sous le nom de Thermes, dont on retrouvedes vestiges dans presque toutes les villes que les Romains ont habitées? C’est cequi n est pas encore bien décidé. Ce qui ferait croire que des thermes ont
(i) Remarquons en passant, que cette dénomination doit venir à l’appui de l’opinion deplusieurs historiens, qui pensent que le nom de Lutèce vient de Leucotée, c’est-à-dire, blanche,à cause de la couleur du sol crayeux de Paris . Cétait, sans doute, pour la même raison qu’onavait dénommé la montagne Sainte-Geneviève, le mont Leucotitius, qui signifie le Mont-Blanc .Cette étymologie paraît beaucoup plus vraisemblable que toutes celles qui sont tirées de la langueceltique.
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