des chaînons de pierre de taille. La place Dauphine offre la forme d’un triangleaigu, et n’a que deux ouvertures, l’une au milieu de la base (celle-ci fait face àl’une des portes du palais), l’autre, vis-à-vis, coupe la pointe de l’angle, etvient aboutir sur le Pont - Neuf .
La fontaine qui décoré le milieu de cette place est un monument triomphalérigé en 1802, à la mémoire du général Desaix, par le patriotisme d’un certainnombre de souscripteurs qui se réunirent pour en faire les frais. Ils ouvrirentun concours où l’on appela tous les artistes. Aussi plus de cent dessins furentenvoyés, et exposés pendant plusieurs jours sous les yeux du public. Unecommission d’artistes fut juge du concours. Le dessin de la fontaine que nousvoyons aujourd’hui sur la place, lui parut mériter le prix.
Si quelque chose doit dégoûter des concours, c’est assurément le résultatqu’a eu celui-ci. On croyait avoir employé tous les moyens de se procurer leplan d’un monument parfait; comment se fait-il que le goût même le moinssévère ne puisse avouer la fontaine Desaix ?
A la vérité, c’était déjà manquer de goût que de proposer d’ériger une fon-taine à la mémoire d’un guerrier mort dans les combats. Qu’on lui consacre unestatue, un tombeau, rien de mieux ; mais une fontaine !...
« Desaix, dit M. Denon, dans son voyage d’Égypte , n’était point l’enfant gâté« de la fortune ; son étoile était nébuleuse ». Eh quoi ! un sort fâcheux l’aurait-ildonc poursuivi au-delà du tombeau ? Jusqu’ici le mauvais goût a présidé à tousles monuments érigés en son honneur. Nous signalons sur-tout cette fontainecomme un exemple dangereux à suivre, parce qu’elle est l’ouvrage d’un hommede talent, de M. Percier, chef de la plus nombreuse école d’architecture.
Ce monument s’élève au milieu d’un bassin circulaire où l’eau tombe parquatre mascarons de bronze. Au pied du soubassement sont gravés dans toutela circonférence, sur une plinthe de marbre, les noms des souscripteurs. Au-dessus est un piédestal rond comme le soubassement, mais un peu en retraite,et autour duquel se déroule un bas-relief, formé d’un trophée d’armes modernes,de la figure du Nil , de celle de l’Éridan, et de deux génies qui inscrivent dansdes cartouches les noms des principales victoires remportées par ce général.Sur la face principale on lit dans un autre cartouche : A Desaix, et plus bas