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Si, se basant sur les données précédentes , on admet que de l’importation, dont le montants’élève à plus de 45 millions de francs de France , les deux tiers à peu près ou bien des mar-chandises dont le montant s’élève à 30 millions sont réexportées, la Suisse a dans tous les casété obligée de couvrir en argent comptant, pendant l’année 1840 , pour 12 millions de francs deFrance à peu près de ses besoins.
C’est un état de choses très défavorable, lequel provient uniquement de la législation prohi-bitive autrichienne , tandis que sous l’empire d’une législatien plus libérale , la Suisse serait indu-bitablement à même de couvrir tous ses besoins par une exportation équivalente de marchandises.
On peut s’en assurer de la manière la plus convaincante en jetant les yeux sur les renseigne-ments qui figurent ci-après relativement au transit par l’Autriche venant de la Suisse et à celui quise fait à la destination de la Suisse, desquels il résulte que, vis-à-vis d’autres Etats où l’industriesuisse ne rencontre pas des dispositions prohibitives ou des droits protecteurs démesurés , elle estdans le cas — malgré la grande distance — de couvrir l’importation par une exportation équi-valente.
D’un autre côté, il ne faut assurément pas perdre de vue qu’il a été impossible de porter enligne de compte un facteur important du commerce suisse d’exportation , savoir celui qui est misen jeu par la voie de la contrebande. Si l’existence de ce genre de commerce n’était pas aussi bienou mieux connue des autorités autrichiennes que des autorités suisses, et si ce commerce, qui estpartout la conséquence inévitable de droits élevés, ne se pratiquait pas presque exclusivement pardes sujets autrichiens, j’aurais eu quelque scrupule à en faire mention (*). — Par la voie de lacontrebande, on importe notamment de la Suisse en Autriche des denrées coloniales, telles que :sucre, café, chicorée, tabac, ainsi que quelques articles d’industrie, comme aussi des étoffes delaine et des soieries françaises et suisses. Je crois devoir me dispenser de donner des chiffres spé-ciaux sur l’étendue de ce commerce, d’autant plus qu’ils ne peuvent être basés que sur des sup-positions. — Le seul moyen d’anéantir ce commerce de contrebande et de faire affluer sous la formede péages de fortes sommes dans le trésor public, sommes qui sont actuellement perçues par les
(’) Becher (Essais statistiques, pag. 126) dit en comparant l’importation avec l’exportation des objets fabri-qués : Si on ne détaille pas exactement tous les objets, les chiffres, soit que les objets fabriqués paient4 '/,2 pCt. de droits d’entrée, soit qu’ils paient au contraire 28 pCt. de droits de sortie, sont si surpre-nants, qu’on ne peut révoquer en doute qu’ils sont à une immense distance de la vérité, et Tegoborskylui-même n’en disconvient pas. Voir Aperçu du commerce autrichien pendant le laps de onze ans <piis'est éeoulé de 1831 à 1841, comme appendice à l’ouvrage Sur les finances d'Autriche, par L. de Te-goborsky, page 12, où il est dit: „ que, si l’on veut avoir égard à la contrebande qui se fait de no-toriété publique sur une grande échelle avec les produits manufacturés et les denrées coloniales, on peutadmettre avec raison que, dans les relations commerciales avec l’étranger, au lieu d’avoir une expor-tation eu plus, on a peut-être une importation considérable en plus. “