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douzaine de bonnes frégates et corvettes;il eût pu bloquer constamment Alger, etc.,et contenir Maroc. Il est hors de douteque ces barbaresques auraient cessé leurspirateries, et se seraient contentés desgains du commerce et de la culture dupays.
Malte aurait alors été peuplée par desvieillards dont la vie aurait été passéeau métier de la guerre et par une nom-breuse jeunesse aguerrie. Mais, au lieude cela, les chevaliers s’imaginèrent, àl’exemple des autres moines, que tant debiens 11 e leur avaient été donnés quepour leur bien-être particulier. Il y eutpar toute la chrétienté des baillis, com-mandeurs, etc., qui employèrent toutesles richesses de l’ordre à soutenir un étatde maison où régnaient le luxe et toutesles commodités de la vie. Ils en em-ployaient le surplus à enrichir leursfamilles. Les moines au moins disaientdes messes, prêchaient et administraientles sacrements, ils cultivaient la vigne duSeigneur ; mais les chevaliers ne faisaientrien de tout cela. Ainsi ces immensespropriétés tournèrent au profit de quel-ques individus, et devinrent un débouchépour les cadets des grandes familles. Detant de revenus peu de chose arrivait àMalte, et les chevaliers qui étaient tenusde séjourner deux ans dans cette île pourleurs caravanes y vivaient dans des au-berges qui portaient le nom de leur na-tion, et y étaient avec peu d’aisance.
L’ordre n’avait pas d’escadres; seule-ment quatre ou cinq galères continuaient àse promener dans la Méditerranée tous lesans, allant mouiller dans les ports d’Ita-lie, et évitant les barbaresques. Ces ridi-cules promenades sur des bâtiments quin’étaient plus propres à combattre contreles frégates et les gros corsaires d’Algeravaient pour résultat de donner quelquesfêles et bals dans les ports de Livourne,de Naples et de Sardaigne. 11 n’y avait àMalte aucun chantier de construction,aucun arsenal. Il s’y trouvait cependant
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un mauvais vaisseau de 64 et deux fré-gates qui ne sortaient jamais. Les jeuneschevaliers avaient fait leurs caravanessans avoir tiré un seul coup de canon nide fusil, sans avoir vu un ennemi. Lorsde la révolution, quand les biens desmoines furent décrétés nationaux, légis-lation qui gagna l’Italie à mesure quel’administration française s’y étendit, il n’yeut aucune réclamation en faveur de l’or-dre, pas même de la part des ports demer, Gênes, Livourne, Malte. Il y en eutplus pour les chartreux, bénédictins, do-minicains, que pour cet ordre de cheva-lerie qui ne rendait aucun service.
On a peine à comprendre comment lespapes, qui étaient les supérieurs de cetordre et les conservateurs naturels de sesstatuts, qui en étaient les réformateurs,qui étaient d’autant plus intéressés à lemaintenir que leurs côtes étaient exposéesaux pirates; on a peine à comprendre,disons-nous, comment ils n’ont pas tenula main à ce que cet ordre remplît sadestination, bien ne montre mieux la déca-dence où était tombée la cour de Romeelle-même. (Mémoires de Napoléon.)
— Du grand maître et des défenseurs de l'île.
Au moment de l’expédition d’Egypte,le grand maître Hompesch avait succédédepuis peu de mois au grand maître Ro-han. C’était un homme âgé, malade, irré-solu. Les baillis, commandeurs, séné-chaux, officiers de l’ordre, étaient desvieillards qui n’avaient point fait la guerre,de vieux garçons ayant passé leur vie dansles sociétés les plus aimables. Se trouvantà Malte comme dans un lieu d’exil, ils dé-siraient mourir dans le pays où ils avaientpris naissance. Ils n’étaient animés paraucun des motifs qui portent les hommesà courir de grands dangers. Qui pouvaitles porter à exposer leur vie pour la con-servation d’un rocher stérile au milieu desmers? Les sentiments de religion? Ils enavaient peu. La conscience de leur utilité?Ce sentiment d’orgueil qui porte l’homme