VOL
541
VOL
contre Mahomet, qui semble perdu, etne se sauve d’un pas si dangereux qu’enordonnant au poison d’agir sur Séide, afind’arrêter le bras de ce jeune assassin etde forcer ainsi le peuple à se déclarer...
Quoi ! toutes les destinées de Mahomet,qui ont tant influé sur l’univers, n’étaientfondées que sur l’art de. et de.'.
Pour que l’ouvrage de Mahomet soitvraiment digne de la scène française, ilfaut qu’il puisse être lu sans indignationaux yeux des hommes éclairés de Con-stantinople comme de Paris. Mahomet futun grand homme, intrépide soldat ; avecune poignée de monde il triompha aucombat de Bender; grand capitaine, élo-quent, grand homme d’état, il régénérasa patrie, et créa au milieu des désertsde l’Arabie un nouveau peuple et unenouvelle puissance.
3° La situation des esprits et la forcedes factions dans la Mecque n’est passuffisamment développée ; la politiquede Mahomet est à peine très-faible-ment tracée : c’est la troisième tache quenous désirerions voir disparaître de notrescène.
Pour faire disparaître l’amour de Ma-homet pour Palmire, il n’y aurait rien àchanger au premier acte. A la scène troi-sième du second acte, Mahomet dit àSéide : Vous, Séide, en ces lieux ! C’est,dans l’intention de l’auteur, un mouve-ment de jalousie; mais ce vers peut êtrelaissé parce qu’il peut être attribué à l’é-tonnement de voir Séide chez son père.A la quatrième scène, il paraîtrait que ledernier vers que prononce Mahomet :
De quel œil revois-tu Palmire avec Séide?
devrait être retranché ; mais on pourraitl’y laisser, car c’est un vers de jalousie;il peut aussi être l’effet de la surprise devoir les deux enfants de Zopirc dans samaison : mais il faudrait supprimer la ré-
1 Ces deux mots sont en blanc dans le manuscritoriginal. Note de Marchand.
plique de Mahomet et celle d’Omar jus-qu’à ce vers :
Tous deux sont nés ici du tyran que je hais...
Plus bas :
Déjà, sans se connaître, ils m'outragent tous deux.J’attisai de mes mains leurs feux illégitimes ;
Le ciel voulut ici rassembler tous les crimes...
et dire, au lieu de ces trois vers, que sesenfants lui serviraient à détourner Zopire,à s’en faire un partisan, ou à s’en vengers’il ne pouvait y réussir.
A la scène sixième il faudrait effacer :
De son maître offensé rival incestueux ,
et toute la tirade de Mahomet, de douzevers, et qui finit le second acte.
A l’acte troisième, il faut supprimer lascène quatrième; à la scène cinquième,l'hémistiche d’Omar : et de ravir Pal-mire.
Au quatrième acte, scène première, ilfaudra effacer :
Son cœur même en secret, ambitieux peut-être ,Sentira quelque orgueil à captiver son maître...
Au cinquième acte, il faudra effacer,à la scène seconde :
Sachez qu’un sort plus noble, un titre encor plus grand,Si vous le méritez, peut-être vous attend...
et enfin les vingt-quatre vers de Mahometqui terminent la pièce.
Ainsi, avec ces trois légères suppres-sions, sans même ajouter un seul vers,on ferait disparaître de ce chef-d’œuvresa plus grande tache.
Pour effacer la seconde tache, l’em-poisonnement d’Hercide, il faudrait peude changements.
Au quatrième acte, il suffit de suppri-mer : Hercide est faible, etc. ; ainsi quela réponse d’Omar : j’ai fait ce que tuveux.
A la scène cinquième du quatrièmeacte, il faudrait effacer :
Je suis puni, je meurs dos mains de Mahomet.