WAT
543
WAT
prononcé avec douleur... Concours defatalités inouïes!... Grouchy!... Ney!...d’Erlon!... N’y a-t-il eu que du mal-heur?... Ah! pauvre France!.'., » Et ils’est couvert les yeux de la main. « Etpourtant, disait-il, tout ce qui tenait àl’habileté avait été accompli !... Tout n’amanqué que quand tout avait réussi!... »
Dans un autre moment il disait sur lemême sujet : « Singulière campagne, où,dans moins d’une semaine, j’ai vu troisfois s’échapper de mes mains le triompheassuré de la France et la fixation de sesdestinées.
» Sans la désertion d’un traître, j’anéan-tissais les ennemis en ouvrant la cam-pagne.
>> Je les écrasais à Ligny, si ma gaucheeût fait son devoir.
«Je les écrasais encore à Waterloo, sima droite ne m’eût pas manqué.
» Singulière défaite, où, malgré la plushorrible catastrophe, la gloire du vaincun’a point souffert ni celle du vainqueuraugmenté. La mémoire de l’un survivra àsa destruction, la mémoire de l’autre s’en-sevelira peut-être dans son triomphe!... »
{Mémorial. )
— Ce que peut la fatalité quand elles’en mêle ! En trois jours j’ai vu trois foisle destin de la France, celui du monde,échapper à mes combinaisons.
D’abord, sans la trahison d’un général,qui sort de nos rangs et court avertir l’en-nemi, je dispersais et détruisais toutesces bandes sans quelles eussent pu seréunir en corps d’armée.
Puis, sur ma gauche, sans les hésita-tions inaccoutumées de Ney, aux Ouatre-Bras, j’anéantissais toute l’armée anglaise.
Enfin, sur ma droite, les manœuvresinouïes de Grouchy, au lieu de me garan-tir une victoire certaine, ont consomméma perte et précipité la France dans legouffre. (Ibid.)
— L’Empereur a dit qu’à la bataille deWaterloo, s’il avait suivi la pensée de
tourner la droite ennemie, il y eût réussifacilement; il avait préféré de percer lecentre et séparer les deux armées. Maistout a été fatal dans cette affaire, qu’il ditavoir pris la teinte d’une absurdité ; etpourtant il devait obtenir la victoire. Ja-mais aucune de ses batailles n’avait pré-senté moins de doute à ses yeux; il estencore à concevoir ce qui est arrivé.
« Grouchy s’est égaré, a-t-il dit.
» Ney était tout hors de lui.
« D’Erlon s’est rendu inutile.
» Personne n’a été soi-même, etc.
« Et puis il n’était pas facile de se gou-verner au milieu des débris de cette ar-mée. On se la peindrait difficilement danscette nuit de douleur, disait-il ; c’était untorrent hors de son lit, elle entraînaittout. » (Mémorial.)
— De l’armée française à Waterloo.
Jamais l’armée française ne s’est mieuxbattue que dans cette journée : elle a faitdes prodiges de valeur; et la supérioritédes troupes françaises, infanterie, cava-lerie, artillerie, était telle sur l’ennemi,que, sans l’arrivée des 1 er et 2 e corpsprussiens, la victoire avait été remportéeet eût été complète contre l’armée anglo-hollandaise et le corps du général Bulou,c’est-à-dire un contre deux (soixante-neufmille hommes contre cent vingt mille).
(Mémoires de Napoléon.)
— Sur la campagne de Waterloo.
PREMIÈRE OBSERVATION.
On a reproché à l’Empereur 1° de s’étredémis de la dictature au moment où laFrance avait le plus grand besoin d’undictateur; 2° d’avoir changé les constitu-tions de l’Empire dans un moment où ilne fallait songer qu’à le préserver de l’in-vasion; 3° d’avoir souffert que l’on alar-mât les Vendéens, qui d’abord avaient re-fusé de prendre les armes contre le régimeimpérial ; 4° d’avoir réuni les chambreslorsqu’il suffisait de réunir les armées ;5° d’avoir abdiqué et laissé la France à la