130
Madame Bonaparte ne les dédaigne pas. La bontéparaît faire le trait principal de son caractère, elle en portel’expression sur son visage. Les gazettes prônent les donsqu elle fait i'i des institutions publiques et à des particuliers,niais ce n’est pas d’après ces dons qu’il faut la juger; ils sontmesquins comme les moyens dont elle peut disposer. Ceux-ci le sont au point que pendant que Madame Bonaparteséjournait en 1805 à Strasbourg, on a été obligé de ramasserà.la hâte les derniers restes de fonds qui se trouvaient danslescaiïs s des départemens voisins, pour faire face aux dépen-ses journalières que la sustentation de la cour de MadameBonaparte nécessitait. Madame Bonaparte donnerait bienplus qu’elle n'est obligée de faire par représentation, si ellepouvait suivre tout le penchant de son cœur et une certainegénérosité qui paraît lui être naturelle. Il est des momens etdes situations, oii elle paraît bien plus estimable que là où legazetier. la contrôle. Son œil sait découvrir les malheureux :il existe des traits de bienfaisance qui n’ont été sus que deceux qui en ont connu les objets ; elle paraît encore bienestimable, lorsque, rencontrant dans ses voyages des personnesaimables de son sexe, elle oublie l’étiquette de la cour, pourles serrer dans ses bras avec intimité, ou pour presser contreson cœur des enfans intéressans qu’elle aperçoit. Elle paraîtsaisir ces momens avec une avidité qui trompe sa circonspec-tion et ne laisse voir que l’aimable abandon de son sexe. Cesmomens sont sans doute rares dans la sphere de Saint-Cloud!Madame Bonaparte est intéressante, lorsque dans ses voyagesune belle matinée, une belle soirée déploie un ciel sereinau dessus de sa tête, ou qu’un beau site se développe devantelle. Elle l’est encore, lorsqu’elle s’occupe de ses fleurs et sesplantes, et qui voudrait lui envier les hommages qu’elles luiotîrent? Un flatteur a nommé, je ne sais quelle plante, d’aprèsle nom de famille de Madame Bonaparte, la Pageriana, et dansquelques ja rdins publics on a élevé son buste près de celui deLinné. Ces hommages ne sont pas purs, comme ceux desfleurs. Si Madame Bonaparte ne s’en est pas sentie flat-tée, elle a dû voir avec un sentiment pénible que même sesgoûts simples et innocents ne sont pas hors de l’atteinte del’adulation. A l’exemple qu’elle a donné, la botanique estdevenue une mode parmi les belles de France. Il serait àsouhaiter que toutes les modes dans le pays qui en fournit àl’univers, eussent ressemblé à celle-ci. 'lous ces traits n'éton-neraient pas dans d’autres femmes, ils sont ordinaires à leursexe, mais il est heureux qu’une épouse de Bonaparte lespossédé.