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PRÉFACE.
thème fut prononcé sur l’auteur et sur sonouvrage ; mais eut-on raison ou tort de le con-damner au lieu de le soutenir? Ne valait-il pasmieux lui démontrer, d’une manière péremp-toire, que les principes de la stratégie sontbasés, non sur les lignes qu’on peut tracer surla carte, mais sur les propriétés intrinsèquesdu terrain où on se propose de manœuvrer?Peut-être serait-il revenu de ses erreurs? Etqui sait s’il n’eût pas fait faire à celte sciencede grands et salutaires progrès?
J’ai trouvé dans l’ouvrage de M. Bulow plu-sieurs grandes vérités qui m’ont guidé à enrechercher d’autres. Je n’ai pas cru cependant,à l’instar de ce savant, devoir ramener tousles principes de la stratégie à des lignes et destriangles, mais je me suis appliqué à en con-solider les règles en les basant sur les pro-priétés du terrain. Les guerres auxquelles j’aipris part en 1812, 13 et 1 A, et plus tard en1829, m’ont guidé dans mes recherches. Enm’appuyant sur mon expérience, j’ai tâché sur-tout de séparer les éléments invariables de lapartie hypothétique ; et pour mieux connaîtrele mode qui doit nous guider dans l’étude dela stratégie, et simplifier les moyens de saisiravec justesse les caractères hétérogènes de sesdifférentes parties, j’ai partagé cette scienceen deux syslèmes dont les dénominations déri-vent des éléments qui en forment la hase. L’unest le système géographique, car ses principessont fondés , en grande partie , sur les objetsimmuables que nous trouvons sur la surface duglobe; l’autre est le système opératif, qui nes’occupe que des grandes opérations des armées.C’est pourquoi, après l’analyse des objets pri-mitifs qui forment la partie théorique de lastratégie, je suis passé aux éléments d’un ordremoins stable et par conséquent d’une combi-naison plus compliquée.
Avant cru reconnaître un caractère synthé-
tique dans le premier, j’ai cherché, autant quepossible, de lui rester fidèle, et, pour pouvoirmieux saisir ses différentes modulations, j’en aisoumis la classification à un ordre scientifiquequi m’a paru se former en chaînon indissoluble.
C’est à la suite de longues méditations que,soutenu par mon expérience, je suis parvenu àformer mon ouvrage. Je ne l’envisage pascomme un système qui ne contient que des loisirréfragables; mais je crois cependant être par-venu à développer les principes de la stratégie,sous un aspect plus nouveau. Peut-être serai-jeassez heureux pour leur donner un certainélan qui assurera plus tard les progrès de cettescience. Aussi, loin de vouloir me soustraireà l’examen des personnes qui étudient cl quicherchent à développer les connaissances mili-taires, j’en appelle à leurs méditations. Je neforme qu’un seul désir, c’est que leur investi-gation ne soit pas une froide critique, sansrésultats pour les progrès de la science même ;mais un examen approfondi, propre à conso-lider ses principes et à en faire, autant que lesujet le permettra, une doctrine définitivementarrêtée.
Puissé-je ne pas trouver au rang de mesjuges, une race impie d’écrivains polémiques,au lieu de collaborateurs généreux. Qu’ils nes’envisagent pas comme des accusateurs dési-gnés pour bouleverser mon échafaudage, sansoffrir quelque chose de meilleur à sa place;mais qu’ils s’associent franchement à épurermon travail, dans lequel j’ai apporté un grandamour pour le métier que je professe, et l’inté-rêt bien prononcé d’avancer les progrès d’unepartie aussi difficile et aussi importante que lastratégie.
Puissent-ils enfin sacrifier le vain laurierd’une critique qui détruit au lieu de consoli-der, à la gloire bien plus positive dont jouis-sent les propagateurs des sciences.