DE LA STRATÉGIE.
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Prenons, par exemple, la campagne de 1813.
Berlin était la base d’approvisionnement del’armée du Nord, Breslau celle de l’armée deSilésie (Planche 2), Leipzig l’objet principaldes opérations des deux armées. En prenant laligne qui joint Berlin avec Breslau pour base,et le point de Leipzig pour sommet, nous for-merons notre triangle stratégique ABC. Leslignes directrices des deux armées étaient surles deux lignes extrêmes du triangle, et setrouvaient les plus menacées de toutes cellesqui partaient de la ligne AC. Celle. AB se trou-vait flanquée par un terrain que l’ennemi pou-vait facilement envahir, en s’y portant de Ham-bourg et de Magdebourg. Il y avait donc uneI nécessité urgente de paralyser tous les mou-vements oifensifs qu’il aurait pu entreprendre,en se basant sur ces deux places, et c’est jus-tement ce qui fut fait. Le général comte deWalmoden, à la tète de 28,396 hommes et de55 pièces de canon, fut détaché pour couvrirla ligne extrême de Berlin à Leipzig, contreles tentatives que le maréchal Davoust pouvaitfaire de Hambourg. 11 prit position derrière laSlecknitz, entre LauenbourgetMollen, et aprèsbeaucoup de mouvements offensifs et de re-traites, paralysa avec beaucoup d’habileté toutesles opérations des ennemis.
Les généraux Tchernichef, Hirclifeld elPull-litz, à la tète de 13 à 14,000 hommes, furentenvoyés du côté de Magdebourg, et rempor-tèrent à Belzig une victoire complète sur lestroupes françaises sorties de la place sous lesordres du général Gérard.
C’est ainsi que ces deux corps flanquants dé-gagèrent tout le terrain compris entre la rivedroite de l’Elbe et la ligne extrême de Berlin àLeipzig, de toutes les tentatives que l’ennemiavait projeté.
Sur le flanc gauche, la ligne directrice del’armée de Silésie était aussi sur la ligne ex-trême du triangle stratégique; mais cet écartn’entraînait dans aucun inconvénient majeur.Cette ligne était flanquée par les frontières dela Moravie et de la Bohème, pays confédérés,qui mettaient cette ligne en sûreté.
11 en était tout à fait autrement des mouve-ments de Napoléon. Basée sur les places del’Elbe, depuis Hambourg jusqu’à Dresde, sa li-gue directrice contre l’armée de Silésie, en par-tant de Dresde, allait par Baulzen, Gorlitz, etc.,
et se trouvait sur le côté EC du triangle DEC,longeant une frontière ennemie. Les alliés pou-vaient, en débouchant par Bohm, Leipa, Zit-tau ou Hirschberg, inquiéter la ligne d’opéra-lions des Français et leur intercepter leurcommunication avec Dresde. Mais l’armée deBohème, employée dans des opérations offen-sives contre cette ville, ne pouvait pas se dis-séminer pour entreprendre ce mouvement, etil n’y avait pas d’autres troupes disponiblesqu’on ait pu y employer.
Toutes les lignes de la gauche qui aboutis-saient à Berlin, comme celle de Torgau, Wil-tenberg, Magdebourg et Hambourg, étaientassurées l’une par l’autre, et la dernière lon-geait, en grande partie, un terrain neutre ouparalysé par un manque total de troupes.
Tel a été aussi le défaut dans lequel l’arméede Bohème est tombée pendant la même cam-pagne. Sa ligne directrice se trouvait sur l’ex-trême droite EG du triangle stratégique EFG,cette ligne avait l’inconvénient de longer laligne de l’Elbe, qui était au pouvoir des Fran-çais , et de passer à peu près sous le canon deKonigslein , où les Français pouvaient fran-chir en sécurité le fleuve et intercepter la lignedirectrice des alliés.
Plus tard, au moment du mouvement offen-sif de cette armée sur Leipzig, le même écartse fit sentir aussi dans le triangle BFG ; maison obvia à tous les dangers, en masquant la li-gne de l’Elbe et la place de Dresde, d’où les Fran-çais pouvaient déboucher, parle corps du comteTolstoy, qui protégea la ligne extrême BG.
Dans la guerre que les Russes ont soutenuecontre les Turcs, en 1828, leur ligne directriceétait aussi sur l’extrême gauche delà hase com-prise entre Ismaïl et Boukarest, qui formaitavec le point de Varna le triaugle stratégique;mais cette ligne longeait la mer Noire, quiétait au pouvoir des Russes et qui la mettait àl’abri de toute attaque.
Les exemples que je viens d’offrir au lecteurseront suffisants pour le guider dans l’opérationprimitive, qui a la formation du triangle stra-tégique pour but. Ce triangle se trouvant unefois désigné, l’appréciation des différentes li-gnes qui, en partant de la base, aboutissent àl’objet des opérations, devient facile et d’uneefficacité non douteuse. On choisit entre ceslignes celle que des circonstances impérieuses,