40
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
Les grandes manœuvres étant ordinairementoffensives ou défensives, il s’ensuit que lapartie exécutive du plan général de la guerres’occupe des grandes opérations offensives etdéfensives.
Cette partie, que j’ai désignée dans mon pre-mier Mémoire, pour être l’idéologie de la stra-tégie, est aussi la plus susceptible de varia-tions , par son contact constant avec la tactique,mais elle n’est pas tout à fait dénuée d’utilitéet d’intérêt par la régularité qu’elle imprimeaux grandes opérations, et à laquelle les succèstactiques peuvent, si facilement, donner un ca-ractère de stabilité. Si l’anomalie à laquelle lesgrandes opérations sont soumises, ne nouspermet pas d’en régler toujours le cours, sidans cette partie hypothétique nous sommessouvent réduits à n’en effleurer, pour ainsidire, que les sommités, nous en retirons dumoins l’avantage de nous familiariser avec lesressources du terrain qu’on veut attaquer oudéfendre, et avec les moyens qui doiventguider nos mouvements offensifs ou appuyernos opérations défensives.
La partie politique, quoique n’agissant quede loin, d’une manière simulée et souvent per-fide , n’en possède pas moins une influencepositive sur la guerre.
Les armées ne pouvant opérer avec avan-tage que lorsqu’il existe un certain équilibreentre les moyens matériels et physiques despuissances belligérantes, il n’est pas indifférentà l’État qui s’engage dans une lutte sanglante,de n’avoir dans ses voisins que des peuplesamis ou, du moins, neutres. Un état aussi fa-vorable de notre politique, en ne nous impo-sant qu’un seul but à remplir, nous offre aussiles moyens d’accorder plus de franchise auxopérations, et ne nous oblige pas de donnerà nos mouvements offensifs et défensifs, uneextension qui pourrait, quelquefois, surpassernos moyens.
Toutes les sections du terrain limitrophesd’un pays neutre ou ami, ne nous soumettent
(î) Le général Jomini vient de faire paraîlre un Ta-bleau analytique des grandes combinaisons de la guerre,dans lequel il a consacré deux chapitres tout à fait re-marquablesà la politique et la philosophie de la guerre.Envisageant ce tableau comme une introduction de sonTraité des grandes opérations , il a cru ne pas devoirtraiter à fond les principes qu’il renferme, mais indi-
alors à aucun danger réel, et peuvent être en-visagées comme des sphères favorables, tandisque ces mêmes sphères peuvent devenir per-nicieuses si, la politique changeant de face,nous suscitait un nouvel ennemi à combattreet de nouveaux périls à affronter.
La campagne de 1813, en Allemagne, lesopérations des alliés avant l’armistice, et l’in-fluence que le changement de la politique ducabinet de Vienne a eu sur le théâtre de laguerre, en général, nous offrent un exemplebien instructif, et qu’on ne saurait assez mé-diter. Que le lecteur compare avec attentionles deux échiquiers stratégiques des arméesfrançaises avant et après l’armistice ( PL 2),et il y trouvera un terrain bien fertile pour sesméditations (î).
La partie statistique s’occupe du dénombre-ment des trésors matériels et du calcul desforces mobiles qui sont, comme nous l’avonsvu, l’agent actif des opérations. Un tableauexact des ressources du pays auquel on fait laguerre , peut servir de base à nos propres cal-culs, et quoique ce tableau , comme je l’ai ditdans le treizième Mémoire, ne pouvait êtrequ’un calcul approximatif, il ne cesse jamaisd’avoir une valeur positive parmi les prépara-tifs nombreux de la guerre.
La partie topographique est une des plus im-portantes du plan général de la guerre. Toutesles ressources que nous pouvons puiser dansla stratégie, n’étant basées que sur les avan-tages du terrain, la science ne manquerait pasde perdre de sa valeur et de son efficacité, sinous n’interrogions avec exactitude le terrain,et que nous n’exploitions tous les avantagesintrinsèques que les différents objets possèdentpar eux-mêmeseldans l’ensemble de la création.
La partie militaire étant la partie hypo-thétique de la guerre, est aussi la plus difficileà manier. C’est dans le développement de celteidéologie militaire que se caractérisent le génieet les ressources intellectuelles et scientifiquesde celui qui est appelé à commander les ar-quer seulement les grandes combinaisons de la sciencemilitaire. 11 est à regretter que deux articles aussi dif-ficiles à traiter, n’aient pas été développés par la mêmeplume savante qui les a esquissés, car un bon ouvragesur ces deux parties est encore une lacune dans toutesles bibliothèques militaires.