Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
204
JPEG-Download
 

204

EXAMEN RAISONNÉ

sitions avantageuses, parvient à étendre sasphère d’activité.

La partie offensive de notre ordre de batailleest-elle parvenue dans la proximité du flancennemi, et notre aile se trouve-t-elle appuyéeà un village, ou cachée derrière un bouquet?l’infanterie, dont les mouvements lents exigenttant de précautions, et qui ne doit entrepren-dre de conversion que de peu d’étendue et dedéveloppement, acquiert alors la facilité de lesexécuter par un simple changement de direc-tion. En faisant un à-droile ou un à-gauche enbataille, elle opère sa manœuvre sous la pro-tection de ces sortes d’abris qui la cachent auxregards de ses adversaires, et que nos troupeslégères et nos lignes de bataille occupent, etelle se place perpendiculairement au flanc en-nemi que l’on veut déborder.

Quant aux mouvements de l’infanterie, ilsdoivent porter l’empreinte d’un courage froid,mais décidé ; car l’effet moral qu’ils produisentsur l’ennemi ne peut être ni aussi grand niaussi impérieux que celui de la cavalerie : ilssont trop lents pour imposer.

Pour donner à l’infanterie de ligne, qui n’at-taque jamais autrement qu’en masse, une con-tenance plus martiale, on] ne devrait jamaisl’engager dans des mouvements olfensifs qu’auson du tambour. J’en ai fait plusieurs fois l’expé-rience , et j’ai trouvé que cette musique, toutedésagréable qu’elle peut être pour l’ouïe, re-levait beaucoup le courage du soldat, lui don-nait un certain sang-froid; que son maintienen devenait visiblement plus tranquille , et sonpas plus régulier, avantages qu’on ne sauraitpriser assez haut dans les différents engage-ments de cette arme.

Mais l’oubli de ces petits moyens ne doit ce-pendant jamais dispenser l’infanterie de cetterésolution, qui doit présider à tous ses mouve-ments olfensifs, et il vaut mieuxplulôl ne pasles entreprendre si on ne se croit pas en étatde les achever. Nous avons vu dans les articlesprécédents, que tou tes les non-réussi les des atta-ques de l’infanterie, ainsi que les pertes énor-mes qui s’ensuivaient, ne provenaient ordinai-rement que du manque de résolution. Voilàpourquoi je répète ce que j’ai déjà dit plushaut : avant d’engager l’infanterie dans uneattaque , il faut calculer si le but que nous nousproposons d’atteindre compense aussi les

grandes pertes auxquelles cette arme est en Jbutte dans ses mouvements offensifs. J

SECTION VII.

de l’action de l’infanterie légère.

L’action de l’infanterie légère est tout à faitcontraire à celle de l’infanterie de ligne, etrepose sur les combats en débandade. Un fan-tassin adroit et instruit [peut à peu près être en-visagécomme on homme invulnérable. Leprofit jqu’un homme isolé peut tirer de chaque acci- 1dent du terrain, dont la nature a été si libérale, ;et dont il peut profiter dans ses mouvements !comme d’un échiquier dont chaque case lui joffre un abri et le moyen de se soustraire à lavue de son ennemi, est j’espère suffisant pourqu’un individu qui sait en profiler avec discer-nement et justesse, tout en coopérant d’aprèsla grandeur de sa tâche au gain d’une bataille,reste intact. Ces résultats sont difficiles à attein-dre, il est vrai; mais.aussi je ne les ai envisagésque sous le rapport de leur possibilité , et nondes difficultés qu’ils engendrent.

Celte prérogative, dans toute son étendue,ne peut cependant se rapporter qu’à l’infan-terie légère;car il n’est permis qu’au tirailleur,qui combat isolément, d’aller chercher unabri derrière un arbre, une habitation, unclayonnage, dans un ravin, etc., et parcourirle terrain sur lequel il combat dans des sens idivergents. L’infanterie de ligne, à moins que 'quelque taillis très-épais et d’une grande di-mension ne s’oppose à son mouvement, doittoujours rester et agir en masse.

D’après ce petit prélude que je viens dedonner par rapport à l’action des tirailleurs, ilest aisé de se convaincre que l’impulsion de laforce n’étant pas l’accessoire le plus nécessairequi doive présider à leur action, si les tirail-leurs qu’on fait agir contre l’ennemi ne sontni adroits ni instruits, leurs réserves mêmeleur seront d’un faible appui. On pourra, en jles débandant, occuper, il est vrai, plus de bras, jrendre les feux plus vifs ; mais je ne crois pas jqu’en rendant les chaînes plus épaisses, ce soit ;le bon moyen pour parvenir au vrai résultat. !Je pose donc en premier principe, pour ce quiregarde l’action des tirailleurs, que tout doitêtre basé sur leurs qualités, leur savoir, et la