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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DES TROIS ARMES.

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où les obus ont frappé dans les escadrons, lesuccès ne pourrait jamais être douteux.

Les cartouches à balles sont efficaces à depetites distances et surtout contre des frontsétendus; car ces sortes de projectiles étantsoumis à la loi de la dispersion, et n’ayant pasla propriété de porter atteinte dans la profon-deur, elles ne sont que peu sensibles pour destroupes formées en masses compactes, qui neprésentent surtout qu’un front raccourci. Aureste, le soldat en général craint peu les car-touches à balles; car elles ne sont pas suscep-tibles de ravager des colonnes qui sont juste-ment les formations auxquelles on assujettitles troupes , lorsqu’on les fait marcher contreles ennemis pour opérer un choc et les dé-poster. Lorsqu’on songe que, d'une boîte àballes lancée contre l’infanterie, la plus grandepartie de toutes celles qui suivent la directiondes arêtes inférieures et supérieures du côneformé par le tir, les premières vont frapper laterre avant d’avoir atteint le but contre lequelon les lance, et ne touchant que par ricochet,ne conservent plus par conséquent un effetaussi positif; que les secondes, passent engrande partie par-dessus les têtes des fantas-sins, et qu’il n’y a que les balles qui suivent ladirection des arêtes latérales, dont le nombrede celles qui atteignent le but contre un ba-taillon formé en colonne, qui n’a tout au plusque deux pelotons d’étendue, ne peut pas êtregrand, on ne s’étonnera pas que le tir à car-touches à balles soit méprisé par les bataillonsd’infanterie qu’on fait marcher en colonnes.

Contre la cavalerie, les cartouches à ballessont infiniment plus dangereuses, et deux rai-sons péremptoires rendent ce tir infinimentplus efficace contre cette arme : 1° La cava-lerie ne s’avançant jamais vers son ennemiqu’en ligne déployée, le but que les balles vontatteindre étant beaucoup plus étendu, il yaura beaucoup plus de balles des arêtes laté-rales du cône de projection qui iront frapperle but; et 2° l’homme étant assis sur le cheval,il y aura beaucoup moins de balles des arêtessupérieures qui se perdront.

Mais comme l’artillerie ainsi que les deuxautres armes, tout en possédant de grandesvertus, n’est pas non plus tout à fait exemptede vices, voyons ce qu’il nous reste encore àdire sur ses défauts.

Un des plus grands défauts de l’artillerie estsans doute le manque de moyens de tirer avecune justesse bien décidée pendant le. coursd’un engagement, ce qui porte souvent cettearme à épuiser ses cartouches et les forces deses servants pour réussir à déposter une masseimposante de troupes. Dans des cas pareils, onest non-seulement obligé de rassembler toujoursune plus grande masse d’artillerie, que l’en-nemi, qui prend ordinairement ses précautionspour risposter avec avantage, n’en met en ac-tion; mais il est indispensable de chercher, pardes coups bien ajustés, dont la grande partieatteignent le but, à imposer silence aux bou-ches à feu des adversaires, car les projectilesqui frappent dans les masses et démontent lespièces, sont les seuls redoutables.

Tous les projectiles qui ont été lancés sous desangles de projection trop grands ou trop petits,peuvent en grande partie être mis dans la caté-gorie des coups perdus, car ils vont ordinaire-ment frapper derrière ou devant la premièreligne de troupes, et ne peuvent plus les attein-dre, ou en frappant devant elles, s’élancent leplus souvent dans des directions inverses aubut contre lequel on lésa lancés. Que l’on jetteles yeux sur un champ de bataille occupé pardes troupes, quoiqu’on remarque beaucoup deterrain occupé par elles, on en trouve toujoursbeaucoup plus encore de non occupé, qui offreaux projectiles lancés sous l’angle de projec-tion du hasard, infiniment plus de chances dé-favorables qu’avantageuses.

Un second défaut assez grave de l’artillerie,c’est la difficulté de la mouvoir, et cette diffi-culté doit être envisagée sous deux rapportsdifférents :

1° Sous le rapport du nombre de bouches àfeu qu’on met en action le jour d’une bataille ;

2° Sous le rapport du terrain, quant au mou-vement de cette arme et des positions qu’on luiassigne, lorsqu’on veut la mettre en action.

La grande quantité de bouches à feu qu’oni attache aux armées, malgré tous les avantagesqu’on en relire, ne manque pas de gêner lestroupes dans leur marche et sur le champ debataille. Cette arme produit beaucoup d’em-barras aussi dans les déploiements des troupes;car étant la première à devoir se mettre enaction, elle doit aussi passer à travers les au-tres troupes pour occuper ses positions, ce qui