DES TROIS ARMES.
295
dans aucun cas, être engagée si elle n’est sou-tenue par l’une des deux autres armes. Cen’est pas que l’arlillerie ne puisse faire effet sielle n’est pas secondée : mais ses effets ne sontjamais de longue durée ; car si elle n’est pro-tégée par l’infanterie ou la cavalerie, ne pou-vant se défendre elle-même, elle finit partomber au pouvoir de l’ennemi.
J’ai désigné l’artillerie par arme secondaire,car ne pouvant pas se maintenir dans son rôlesans le secours d’une des deux armes, qui luiprête les moyens de soutenir son action, nousdevons l’envisager dans tous les moments deses engagements, comme une action précaireet dépendante de celle des deux autres armes.
Mais une fois que le maintien de sa positionet la sécurité de son action sont assurés par lesecours que lui prête l’infanterie ou la cava-lerie, aucune des deux autres armes ne peutcomparer l'efficacité de ses effets avec ceux del’artillerie. Les distances dans lesquelles ilspeuvent déjà devenir meurtriers, la vigueurque son secours accorde à l’action de l’infan-terie et de la cavalerie, la force impulsive quien provient et les résultats étonnants qui ensont la suite, accordent à ses propriétés unrang très-estimable parmi les armes.
L’artillerie ne possédant pas du tout de mo-ments d’indépendance, doit rester pour ainsidire sous la tutelle de l’infanterie ou de la ca-valerie, et doit se soutenir réciproquementavec ces deux dernières armes dans leurs dif-férents engagements. Mais la combinaison deson action étant suffisante pour accorder à l’in-fanterie une force impulsive assez grande poursoutenir tous les genres de combats avec avan-tage, et à la cavalerie, une vertu destructivecapable d’amener un brillant dénoûment, nouspouvons considérer l’artillerie comme unearme indispensable, et sans laquelle les enga-gements des deux autres armes seraient épi-neux et soumis à de très-grandes pertes, etles résultats douteux et souvent de peu deconséquence.
En résumant maintenant tous les principesgénéraux que nous venons d’exposer pour lerapport qui existe entre les trois armes, fondésur leurs propriétés et leur action, nous pou-vons poser la série de maximes suivantes :
1° Les effets de l’action de l’infanterie,en général, doivent être basés sur l’action
préparatoire des tirailleurs et de l’artillerie;
2° L’action offensive de l’infanterie doit êtrebasée sur la combinaison de cette arme avecl’artillerie ;
3° Les engagements que l’infanterie auradécidés, se compléteront par la cavalerie;
4° Les retraites de l’infanterie doivent s’o-pérer sous la protection de l’artillerie et de lacavalerie. La première doit chercher à prendreune position oblique à la marche de l’ennemipour le prendre de flanc, et la seconde doitchercher à achever ce que l’artillerie auracommencé ;
5° Le déploiement de l’infanterie doit sefaire sous la protection de l’action combinéede la cavalerie et de l’artillerie ;
6° L’action de la cavalerie et la décision deses mouvements offensifs doivent être baséessur l’action préparatoire de l’infanterie et del’artillerie, ou sur l’action combinée de la ca-valerie elle-même avec l’artillerie à cheval;
7° Les retraites de la cavalerie doivent sefaire sous la protection de l’infanterie ;
8° Le déploiement de la cavalerie doit s’o-pérer sous la protection de l’action combinéede la cavalerie légère et de l’artillerie à cheval;
9° L’artillerie ne doit agir que sous la pro-tection immédiate de l’infanterie ou de lacavalerie ;
10° L’action de l’artillerie combinée aveccelle des deux autres armes, accordant juste-ment à l’une comme à l’autre, le degré suffi-sant d’impulsion pour vaincre et se défendre ,quel que soit le genre de combat qu’on sou-tienne, il vaut mieux, toutes les fois que lescirconstances et le terrain le permettent, nejamais séparer l’artillerie de l’infanterie et dela cavalerie.
D’après cette série de principes, nous voyons,en dernier résultat, que l’action des différentesarmes, considérée sous le rapport des engage-ments offensifs et défensifs, produit un lien derapports entre les trois armes , dont les chaî-nons sont si intimement entrelacés, que toutesles fois qu’une des trois armes en seconderaune autre dans son action offensive et lui im-primera la force impulsive suffisante pourvaincre son ennemi, si l’on veut prévenir aussitous les effets dangereux d’un échec, et parconséquent remédier aux désavantages de ladéfensive, il est presque indispensable d’y en-