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HISTOIRE
mieux atteindre ce but, qu’en prenant poste àBiberach', qu’il gagna par une marche forcée.Mais, le 9, les Français l’attaquèrent avec unenombreuse infanterie, que le terrain extrême-ment boisé favorisait, tandis qu’il empêchaitla cavalerie autrichienne de donner. La divi-sion Baraguay-d’Hilliers, et une autreducorpsdu général Saint-Cyr, avancèrent en colonnessans se déployer, dans la forêt devant Bibe-rach , où elles rencontrèrent les avant-postesde l’ennemi, qu’elles culbutèrent aussitôt. Lechemin creux que forme la petite rivière deRiess, ne les empêcha pas de les poursuivrejusque dans la ville.
Ceci se passait à la droite des Français, et àla gauche des Autrichiens, pendant que le gé-néral Richepanse canonnait, depuis 4 heures,le reste du front de l’ennemi. Toute cette ligneétait postée sur des hauteurs, derrière la ri-vière, et la fumée de l’artillerie permettait àpeine de l’apercevoir. Dès que le général Riche-panse vit que les deux divisions de la droiteavaient culbuté l’ennemi et occupé Biberach, etque conséquemment son flanc se trouvait cou-vert, il passa la rivière à gué. Son infanterieatteignit une hauteur escarpée qui commandaitBiberach; et sa cavalerie, pour ne pas s’engagerdans un terrain marécageux, alla passer surun pont près de la ville, puis fondit aussitôtsur les Autrichiens, qu’elle prit en flanc et àdos. Leur perte fut très-considérable; ils cher-chèrent leur salut dans les bois. On ne peut voirune manœuvre mieux combinée.
Ce revers conlreignit le général Kray à seretirer sur Memmingen. On ne voit pas, dansles rapports de l’action dont je viens de par-ler, que la cavalerie autrichienne ait agi, quoi-que les Français aient trouvé le moyen de seservir très-utilement de la leur. Mais on pourrademander pourquoi les Impériaux étaient ve-nus s’exposer à ce combat de Biberach. Arrivésà Siegmaringen, au lieu de se reporter en avantdu Danube, ils devaient rester sur la rive gau-che : au lieu de descendre le fleuve, ils devaientle remonter, et donner aux Français de l’in-quiétude pour les derrières de leur armée.C’est par des diversions habiles, c’est en separtageant en plusieurs corps, que l’on metobstacle aux progrès de l’ennemi. Vous le con-traignez à s’affaiblir, en se divisant, a Mais,» dira-t-on, par la même cause, vous vous af-
» faiblissez vous-même t. Non, et au contraireon accroît ses forces, en occupant la circonfé-rence du cercle, où l’ennemi se trouve cir-conscrit.
Turenne qui, avec Montécuculli, peut êtreregardé comme le créateur de la nouvellestratégie, Turenne, dans l’admirable campagnede 1673, entoura par divers corps le flancgauche de son adversaire. Malgré la profondeurde ses connaissances, Montécuculli allait peut-être tomber dans le piège, quand la mort vintenlever le grand Turenne. C’est de cetteépoque que date proprement la supériorité desFrançais en stratégie (î).
Il fallait donc que le général Kray laissâtun corps à Siegmaringen, qu’il en détachâtun autre vers Ulm, et, qu’avec le troisième etle plus fort, il remontât le Danube. L’attentiondes Français se trouvait partagée: ils auraientpu n’avoir connaissance de ce mouvementque lorsque le général Kray, reparaissant surla rive droite du fleuve, se fût porté surleurs derrières, dans les environs d’Engen oude Hohentwiel. Par l’effet de ces trois posi-tions , les Français se trouvaient occupés enfront, sur leur gauche et à dos.
De plus, le corps détaché vers Ulm excitaitles Français à s’enfoncer encore plus avantdans la Souabe, ce qui facilitait les opérationsdu corps chargé d’agir vers Engen. De ce mo-ment, la guerre changeait absolument de face.
Que pouvait faire Moreau ainsi entouré, etayant, de plus, le Tyrol derrière lui? Pouvait-ils’engager en Bavière, et se détacher totale-ment de sa base, dont la position d'Engen nele séparait déjà que trop? D’ailleurs, le corpsposté à Ulm n’avait qu’à remonter Piller jus-qu’à Memmingen, pour couvrir la Bavière. Cen’était donc qu’à force ouverte que les Fran-çais auraient pu se tirer d’une position aussicritique. Malgré eux, le général Kray étaittoujours le maître de gagner Biberach par unemarche forcée, et il ne leur était point possiblede prévenir le corps qui se portait à Engen,en remontant le Danube. Ce mouvement étaitd’ailleurs si extraordinaire, que les Françaisn’auraient jamais songéà s’en garantir, etseul,il pouvait décider du sort de la campagne en
(i) Voyez Esprit du système de ç/uerre moderne,r e part., sect. x.