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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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HISTOIRE

La marche dans le Tyrol était immanquable-ment suivie des plus heureux résultats. Cepays, et celui des Grisons, étant occupés pardes forces respectables, l’armée de réserve nepouvait, même partiellement, se hasarder àpasser en Italie, de peur que les Impériauxne fissent derrière elle la conquête delà Suisse.Elle se trouvait, dans ce cas, entre deux feux :pendant que le général Mêlas lui faisait tète,Kray lui enlevait ses magasins, et lui coupaitsa communication avec la France.

Cette armée de réserve n’avait donc plusd’autre parti à prendre que d’attaquer le Tyrol,pour prévenir l’ennemi. Mais, dans toutes leshypothèses, les Impériaux conservaient l’Italie,s’ils eussent perdu l’Allemagne. Encore, est-ilpeu probable que les Français se fussent main-tenus dans cette dernière contrée, quand onconsidère que le Tyrol, cet inexpugnable bas-tion de montagnes et de rochers, garni de trou-pes suffisantes , protège à la fois la Bavière etune partie de la Lombardie.

Loin de se porter en Tyrol, le général Krayprit la route opposée, et alla se retrancher sousUlm. Moreau lit passer le Danube à sa gauche,soit pour déterminer les Autrichiens à évacuerla rive droite, en menaçant leur flanc droit,soit pour forcer à la retraite les deux partiesde leur armée, que séparait le fleuve, etinvestir la forteresse.

En même temps, Moreau s’occupa aussi ac-tivement d’inquiéter le flanc gauche de l’arméeimpériale, considérablement accrue par desrenforts successifs. Dès le 12, un corps fran-çais entra à Babenliausen, et se trouva par làsur la gauche et à dos de l’ennemi, situé der-rière l’iller. Cependant les Autrichiens s’étaientformés en demi-cercle, entre T Hier et une ri-vière qui se jette dans le Danube au-dessousde Guntzbourg. Les deux extrémités de ce sin-gulier demi-cercle s’appuyaient au Danube,et le quartier général en occupait à peu prèsle centre à Guntzbourg. Moreau, en s’étendantvers Mindelheim, et menaçantcontinuellemenlla gauche des Impériaux, qui se mouvaienttoujours parallèlement à lui, les avait amenésà prendre cette forme.

Le 15, il lit attaquer leurs avant-postes,probablement pour détourner leur attentionde ce qu'il méditait sur la rive gauche du Da-nube. Cette attaque s’exécuta entre l’Iller et

la Guntz; mais le général hongrois Giulay larepoussa vivement jusqu’à Babenhausen.

L’expédition des Français sur la rive gauchene fut pas plus heureuse. Le corps du princede Holienlohe, venant des environs de Man-heim, d’où il s’était retiré jusqu’à Canstat,voulait se rejoindre à la droite des Autrichiens,sous les ordres du général Starray. La divisionLegrand, de l’aile gauche française, tenta del’en empêcher et de la couper d’Ulm; mais lacavalerie de Starray tomba brusquement surelle, et la rompit. Immédiatement, toute l’ailedroite des Autrichiens, conduite par Starray,Nauendorf et l’archiduc Ferdinand, attaquala gauche des Français dans le Blauthal, etprétendit l’avoir repoussée jusqu’à Erbach. Maisnous voyons que les Français firent défilerleurs troupes par Blaul.euren, dans la nuit du19 au 20 , et que ce n’est que le 21 , au soir,qu’ils repassèrent tranquillement le Danubeà Erbach, deux lieues au-dessus d’Ulm : ilsrompirent le pont et firent occuper ce poste.

Le 22, l’archiduc Ferdinand fait rétablir lepont d’Erbach, sous le feu de l’ennemi, à ceque disent les rapports autrichiens, et il passele Danube. Il s’empare du village de Dolmesin-gen; mais les Français, bientôt renforcés, re-viennent sur- lui, délogent les Impériaux duvillage par mne grêle d’obus, et les rejettent audelà du Danube. 11 y eut, à celle occasion,une perte assez considérable de part et d’autre.

Les Français avaient alors totalement aban-donné la rive gauche du Danube; ils s’ap-puyaient sur la rive droite. Leur centre étaitposté à Memmingen, et leur droite à Mindel-heim : celle-ci détacha, sur Schwahmunchen,un corps qui avait Augsbourg pour objet.

L’expédition sur la rive gauche du Danubese terminant ici, je me permettrai de la sou-mettre à quelques observations. Le généralMoreau ne pouvait-il pas en tenter une plusimportante? Je veux dire l’attaque du Tyrol.L’extrême faiiblesse du prince de Reuss donnaitl’espoir le m ieux fondé du succès, et il seraitsuperflu de retracer ici les avantages incalcu-lables qu’assmrait la possession du Tyrol. Saconquête mettait la monarchie autrichienneaux abois.

La position du général Moreau, telle qu’elleest décrite plus haut, couvrait parfaitementcette expédition, qui, déplus, était en har-