« qu’elle (M me de Warens) avait pris à son service« à cause de ses drogues, trouvant commode d’avoir« un herboriste dans son laquais. Il se passionna si« fort pour l’étude des plantes, et elle favorisa si« bien son goût, qu'il devint un vrai botaniste, et« que, s’il ne fût mort jeune, il se seraitfait un nom« dans cette science, comme il en méritait un parmi« les honnêtes gens. Comme il était sérieux, même« grave, et que j’étais plus jeune que lui, il devint« pour moi une espèce de gouverneur qui me sauva« beaucoup de folies ; car il m’en imposait, et je« n’osais m’oublier devant lui. Il en imposait même« à sa maîtresse, qui connaissait son grand sens, sa« droiture, son inviolable attachement pour elle, et« qui le lui rendait bien. Claude Anet était sans con-« tredit un homme rare, et le seul même dans son« espèce que j’aie jamais vu. Lent, posé, réfléchi,« circonspect dans sa conduite, froid dans ses ma-« nières, laconique et sentencieux dans ses propos,« il était, dans ses passions, d’une impétuosité qu’il« ne laissait jamais paraître, mais qui le dévorait«•en dedans, et qui ne lui a fait faire en sa vie« qu’une sottise, mais terrible ; c’est de s’être em-
.« poisonné.
« Sa maîtresse lui dit, dans la colère, un mot ou-