MONUMENTS DU XIII e SIECLE.
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de celles de saint Denis , que le guerrier reçoit cetétendard; on a même ajouté que la dignité de maréchalde France était incompatible avec celle de porte-ori-llamme ; enfin l’on a conclu en disant que l’oriflammen’a pas ici sa forme consacrée, qui était celle d’un gon-fanon suspendu transversalement au bois de la lance, etfendu en trois lambeaux. Ces trois objections, à vraidire, nous paraissent de peu de valeur. D’abord si leguerrier reçoit ici l’oriflamme des mains de saint Denis,c’est que le peintre a voulu exprimer par cette actionl’intervention miraculeuse du bienheureux patron dela France ; ensuite il n’est pas démontré par des faitsdécisifs que la dignité de maréchal de France fût in-compatible avec celle de porte-oriflamme; enfin, fût-on aussi bien fixé sur la forme de cet étendard célèbrequ’on l’est sur sa couleur, il y aurait toujours a fairevaloir cette excellente raison , que l’exactitude despeintres du moyen Age était sujette a de frequentesaberrations.
Indépendamment de quelques details empruntes auxvitraux de la cathédrale de Chartres, le dessinateur aréuni sur cette Planche quelques bannières ou pennonsqui en proviennent également. La bannière A’azur,chargée de croix tréjlées, à la colice d'or, chargéed'une autre cotice d'argent, brochant sur le tout, estcelle que porte Thibaut YI, dit le Jeune, comte deBlois, mort en 1218. Le petit pennon, danché ouend en te de gueules et d argent, est, comme nous1 avons vu (PI. cjfi), porté par Simon de Montfort .
Cette grande et belle peinture offre un splendu espécimen de l’art des enlumineurs du xiu° siècle. 1 ya toutefois, entre l’original et la copie, cette différenceimportante, que tous les fonds, dans le premier, sonten or bruni, appliqué sur un léger relief. On se figuresans difficulté tout l’effet que doit ajouter aux couleursce fond étincelant, dont l’éclat soutenu fait ressem-bler l’ensemble il une plaque de métal précieux, surlaquelle se détacherait une vive peinture en émail. Cequi distingue principalement les peintures des manu-scrits du xm' siècle, c’est l’éclat des fonds, tantôt enor bruni, tantôt finement carrelés, en échiquier, enlosanges, a or et a couleurs, de manière à présenterl’aspect d’une mosaïque chatoyante. Ce qui particu-larise également leur exécution , c’est l’éclat et l’ex-cellente préparation des couleurs, presque toujourspures, rarement rompues, appliquées très épais et aplat, et seulement rehaussées de quelques ombresnoires. Le dessin des figures, le contour des objets,sont en outre indiqués par un trait noir, ferme etvigoureux, tracé avec une sûreté, une prestesse et uneprécision admirables. On ne peut s’empêcher de saisirquelque analogie daus ce procédé avec celui de la pein-ture sur verre de cette époque, dans lequel les teintes,toujours pleines et unies, ne sont modifiées que par desombres noires, et suivant lequel des contours vigou-reux sont toujours ménagés au moyen des plombsd’assembla«e. Le style des ornements du pourtour denotre miniature, style plus facile a saisir qu’a caracté-riser, pourra servir de type lorsqu’on voudra, par lerapprochement, statuer sur l’âge de peintures analo-gues. Leurs expansions commencent à s’alléger et al.
secouer les formes massives et camuses des enroule-ments du xi e et du xn c siècle. Plus tard, on verra cesornements, brisant l’étreinte gênante des encadre-ments réguliers, se répandre sur les marges en longuestraînées, serpenter au gré du caprice comme une vé-gétation fougueuse, et se ruer enfin en mille bizarre-ries aussi élégantes que fantasques.
Les six petits médaillons qui décorent l’encadrementde notre miniature, et dont les sujets sont en rapportharmonique avec le sujet principal, représentent l’An-nonciation , la Crèche, l’Hommage des trois Rois, laPrésentation au Temple, le Massacre des Innocents etla Fuite en Égypte.
planche 100.
FIGURES DE CAVALIERS, TIRÉS DE L’APOCALYPSE,MANUSCRIT DU XIII e SIÈCLE.
Ces figures ne peuvent guère fournir de renseigne-ments utiles que pour la forme des selles et l’équipe-ment des chevaux , car, pour le costume, incontesta-blement de fantaisie , et que l’artiste exécuta , sansdoute, en suivant quelques traditions confuses qu’ilpouvait avoir recueillies de la bouche des croisés surle costume des Sarrasins de son temps, on s’égareraitinfailliblement si l’on y ajoutait une foi absolue et sion l’envisageait comme un costume civil ou chevale-resque de l’époque. Toutefois, les détails n’en serontpas moins utiles à observer : ainsi, la forme des brides,la double souventrière des chevaux et leurs fers hé-rissés de clous saillants, le premier éperon à moletteque nous ayons encore aperçu, ce qui doit rapprocherle manuscrit du commencement du xiv e siècle; enfin,la courroie pendante qui sert à fixer cet éperon, tousces détails curieux, et dédaignés peut-être par l’an-tiquaire, seront recueillis avec intérêt par l’artiste.
PLANCHE 101.
COSTUMES DE LA FIN DU XIII e SIÈCLE, TIRÉSD’UN MANUSCRIT COMMENCÉ EN 1291ET TERMINÉ EN 1294.
A l’aide des trois groupes de figures disséminés surcette Planche, nous pouvons prendre une idée assezexacte du costume des hommes et des femmes de con-dition bourgeoise et du costume militaire d’un simpleécuyer au xm e siècle.
Les femmes a cette époque portaient, à Limitationdes hommes, des cheveux courts, partagés en deuxmasses tombant de chaque côté du visage et légère-ment bouclés, ou bien encore réunis sur les oreillesen deux touffes nattées ou renfermées dans un réseau.On peut voir sur notre Planche, sous sa forme la plussimple, ce vêtement féminin dont l’usage devint siuniversel, le surcot. C’était, à son origine, un longsurtout, une espèce de fourreau que l’on passait par-dessus la cotte ou la robe, d’où son nom surcotte, sur-cot. Bientôt on en retrancha les manches, soit a l’imi-tation des cottes-d’armes des chevaliers, soit pourlaisser apparaître par quelque endroit la robe de des-sous. C’est à peu près en cet état que nous le rencon-trons ici ; il est, en outre , retroussé sur les hanches,pour donner plus d’aisance à la marche, et laisser voirla robe d’étoffe plus riche qu’il recouvrait. Plus tard,
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