Band 
Tome premier.
Seite
60
JPEG-Download
 

6o

LIVRE I, CHAPITRE 7.

Les anciens ne connaissaient pas les moulins : deleur temps c’étaient des hommes qui broyaient le fro-ment dont on fesait le pain ; il fallait peut-être vingtpersonnes pour broyer autant de blé qu’un seul mou-lin peut en moudre (r). Or un seul meunier, deux auplus, suffisent pour alimenter et surveiller le moulin.Ces deux hommes, à l’aide de cette ingénieuse machine,donnent un produit égal à celui de vingt personnes autemps de César. Nous forçons donc le vent, dans cha-cun de nos moulins, à faire l’ouvrage de dix - huitpersonnes ; et ces dix-huit personnes que les anciensemployaient de plus que nous, peuvent de nos jourstrouver à- subsister comme autrefois, puisque le mou-lin n’a pas diminué les produits de la société ; et enmême temps leur industrie peut s’appliquer à créerd’autres produits qu elles donnent en échange du pro-duit du moulin, et multiplie ainsi la masse desrichesses.

(2) On voit, au 20® chant de VOdyssée, que douze femmesétaient journellement occupées à moudre le grain nécessaire àla consommation du palais d’Ulysse, et ce palais n’est pasreprésenté comme étant plus considérable que la maison d’unparticulier opulent de nos jours.