DE LA. CONSOMMATION DES RICHESSES. 3og
toutes les jouissances du luxe et de la vanité , il y adans les revenus une gradation imperceptible, et tellequ’à chaque degré , une famille peut se procurer unesatisfaction toujours un peu moins nécessaire jusqu’auxplus futiles qu’on puisse imaginer ; tellement que sil’on voulait asseoir l’impôt de chaque famille, demanière qu’il fût d’autant plus léger qu’il porte sur unrevenu plus nécessaire, il faudrait qu’il fût non passimplement proportionnel, mais d’autant plus faibleque le revenu est plus borné, et d’autant plus fortqu’il est plus considérable.
En effet, et en supposant l’impôt purement propor-tionnel au revenu, d’un dixième par exemple, il enlève-rait à une famille qui possède trois cent mille francs derevenu, 3 o mille francs. Cette famille en conserverait270 mille à dépenser par an, et l’on peut croirequ’avec un pareil revenu, non-seulement elle nemanquerait de rien, mais quelle se conserverait en-core plusieurs de ces jouissances qui ne sont pasindispensables pour le bonheur; tandis qu’une famillequi ne posséderait qu’un revenu de trois cents francs,et à qui l’impôt n’en laisserait que 270 , ne conserve-rait pas, dans nos mœurs et au cours actuel deschoses , ce qui est rigoureusement nécessaire pourexister. On voit donc qu’un impôt qui serait simple-ment proportionnel, serait loin cependant d’être équi-table ; et c’est probablement ce qui a fait dire à Smith :« Il n’est point déraisonnable que le riche contribue