340 LIVRE HI, CHAPITRE 8.
téméraire d’affirmer comme un principe général, quetout impôt tombe définitivement sur telle classe de lasociété, ou sur telle autre. Les impôts tombent surceux qui ne peuvent pas s’y soustraire, parce quec’est une charge onéreuse que chacun éloigne de toutson pouvoir ; mais les moyens de s’y soustraire va-rient à l’infini, suivant les différentes formes de l’im-pôt, et suivant les fonctions qu’on exerce dans lamachine sociale.
Ajoutons que les effets que je fais remarquer, etqui sont conformes à l’expérience aussi bien qu’expli-qués par le raisonnement, sont de leur nature perma-nens, et durent autant que durent les circonstancesqui les ont occasionnés. Un propriétaire foncier nepourra jamais faire supporter à ses consommateursaucune part de sa contribution foncière : il n’en serapas de même d'un manufacturier. La consommationd’une denrée, toutes choses d’ailleurs égalés, seraconstamment bornée par un impôt qui en élevera leprix ; et il y aura moins de gains faits dans sa pro-duction. Un homme qui n’est ni producteur ni con-sommateur d’une denrée de luxe, ne supportera jamaisla moindre part d’un impôt mis sur cette denrée. Quepenser en conséquence d’une doctrine (i) qui a malheu-reusement obtenu l’approbation d’une société illustre,et
(l) Celle de M. Canard : Principes d’Économie politique }qui a remporté un prix de l’Institut de France.