CHAPITRE IX.
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» homme sensé qui ne voie que la médiation dont je me charge est pour» rilelvétie un bienfait de cette Providence qui, au milieu de tant de» bouleversements et de chocs, a toujours veillé à l’exislence et à l’in-» dépendance dc votre nation, et que cette médiation est le seul moyen» qui vous reste pour sauver lune et l’autre. Car il est temps enfin que» vous songiez que, si le patriotisme etl’union de vos ancêtres fondèrent» votre république, le mauvais esprit de vos factions, s’il continue, la» perdra infailliblement, et il serait pénible de penser qu’à une époque» où plusieurs nouvelles Républiques se sont élevées, le destin eut mar-» qué la fin d une des plus anciennes! » (1)
Après avoir entendu cette proclamation, qui enjoignait à la Suissecomme à un pays subjugué ce que la sagesse d un chef étranger jugeaitbon de lui prescrire, le Sénat déclara qu il recevait avec gratitude cettenouvelle preuve de la bienveillance du Premier Consul, qu’il se con-formerait, poureequile concernait, aux mesures indiquées, et qu’il feraitconnaître la déclaration à toutes les autorités, ainsi qu’aux commandantsdes troupes armées contre le Gouvernement (2). II adressa en effet lelendemain une proclamation nouvelle au peuple helvétique, en cestermes :
« Citoyens de rilelvctie ! II y a bientôt deux mois que le Sénat s’est» adressé au Premier Consul de. la République française pour invoquer» sa médiation au sujet des contestations qui se sont élevées avec les» cantons d’Uri, de Schvvyz et d’Unterwald. II voulait prévenir l'effusion» du sang entre concitoyens tous dévoués à la patrie et qui ne sont» divisés que sur la forme à donner à son organisation. La demande de» médiation était une suite nécessaire des rapports de l’IIelvélie avec la» France. Elle était commandée par la confiance à laquelle le Premier» Consul a acquis tant de droits en faisant reconnaître notre indépen-» danee à Lunéville.
» Le Sénat a embrassé avec d’autant plus de zèle ce moyen de mettre» un terme à la guerre civile, qu’il était informé que les chefs du peuple» dans les petits cantons Pavaient prévenu en invoquant de leur côté» l'intervention du ministre de France. Mais au lieu d’attendre les con-» seils qu’ils demandaient, ils ont déchaîné des passions hostiles ; on a» vu les partis extrêmes s’unir contre celui de la modération et rompre» Panneau qui pouvait seul les réunir un jour. Pendant ce temps les» ennemis du Gouvernement ont poussé de plus en plus la France à» intervenir dans nos querelles, ou du moins ils ont agi comme si telle
(1) Proclamation du Premier Consul de la République française aux dix-huit cantonsde la République helvétique ; Saint-Cloud, 30 septembre 1802 ; Bull. des lois, t. VI,
p. 282.
(2) Décret du 4 octobre 1802 ; ibid., p. 286.