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LIVRE II.
Juiiv. 1800.
Premières séan-ces du Tribunat.
de quelques mesures, qui nuisaient, disait-il, à plusieurs pro-priétaires d’établissements, existant depuis longues annéesdans le Palais-Royal. Les réclamants étaient peu intéressants,et d’ailleurs ils avaient été indemnisés. Le tribun Duveyrierréclama vivement contre ces prétendues injustices, et ditqu’on ne devait pas dépopulariser la représentation natio-nale, en la rendant responsable des rigueurs commises enson nom. Puis, passant au choix du local, « Je ne suis pasde ceux, s’écria-t-il, qui sont offensés de ce qu’on a choisipour y établir le Tribunat, un lieu, théâtre ordinaire de dés-ordres et d’excès de tout genre ; je n’y vois ni danger ni al-lusion fâcheuse pour nous. Je rends hommage, au contraire,à l’intention populaire de ceux qui ont voulu que les tribunsdu peuple siégeassent au milieu du peuple, que les défenseursde la liberté fussent placés dans les lieux témoins du premiertriomphe de la liberté. Je les remercie de nous avoir ménagéle moyen d’apercevoir de cette tribune môme, l’endroit où legénéreux Camille Desmoulins, donnant le signal d’un mouve-ment glorieux, arbora cette cocarde nationale, notre plus beautrophée, notre signe éternel de ralliement, cette cocarde quivit naître tant de prodiges, à laquelle tant de héros doivent lacélébrité de leurs armes, et que nous ne déposerons qu’avecla vie. Je les remercie de nous avoir fait apercevoir ces lieuxqui, si l’on voulait élever une idole de quinze jours, nous rap-pelleraient la chute d’une idole de quinze siècles.»
Cette attaque si brusque, produisit une vive sensation dansl’assemblée, et bientôt dans Paris. Le Tribunat passa à l’or-dre du jour, la majorité de ses membres improuvant une tellesortie. Mais l’effet n’en fut pas moins grand, et c’était un mau-vais début pour une assemblée, qui, si elle voulait sauver laliberté des dangers dont la menaçait une réaction alors géné-rale, avait des ménagements infinis à garder, soit envers desesprits prompts à s’alarmer, soit envers un chef de gouverne-ment prompt à s’irriter.