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[Vol. 1.]
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LIVRE III.

Avril i8on. sace était épuisée ; la Suisse surtout, foulée depuis deux anspar les armées de toute l’Europe, se trouvait entièrement dé-nuée de ressources. On y était réduit à transporter des trou-pes d’enfants, des cantons pauvres dans les cantons riches,faute de pouvoir les nourrir. Les familles ruinées les con-fiaient ainsi à la bienfaisance des familles qui possédaient en-core quelques moyens de subsistance. On ne pouvait riendemander à un tel pays, que d’ailleurs il ne fallait point ex-aspérer , car il était le point d’appui de nos deux principalesarmées. Moreau, comme nous l’avons dit, vivait sur les ap-provisionnements de siège de nos places du Rhin. Néanmoinsce n’était pas là le véritable motif de ses retards; c’eût été unmotif, au contraire, d’aller au plus tôt se nourrir en pays en-nemi; mais son artillerie et sa cavalerie étaient privées dechevaux. Il n’avait point d’effets de campement, point d’outils ;c’est tout au plus s’il avait de quoi jeter un pont. Cependant,vu l’urgence des circonstances, il consentit à se passer de toutce qui lui manquait encore, sauf à se le procurer en route.Son armée était si bien composée, qu’elle pouvait suppléerà ce qu’elle n’avait pas, s’en passer, ou le conquérir. A la find’avril (premiers jours de floréal) Moreau se décida donc àcommencer cette campagne, la plus belle de sa vie, l’une desplus mémorables de nos annales.

Il disposait, comme on l’a vu, d’à peu près 130 mille hom-mes, plutôt plus que moins. 30 mille hommes environ occu-paient les places de Strasbourg, Landau, Mayence, les têtes depont de Bàle, Brisach, Kebl, Cassel. Sur ces 30 mille, six ousept mille, sous le général Moncey, gardaient les vallées duSaint-Gothard et du Simplon, pour les fermer aux Autrichiens,en cas qu’ils voulussent y pénétrer. Il restait 100 mille hom-mes à l’armée active, prêts à entrer en campagne. L’infante-rie surtout était superbe; elle comptait 82 mille hommes;l’artillerie S mille, servant 116 bouches à feu ; la cavalerie,13 mille. Comme on le voit, les deux armes de l’artillerie et