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LIVRE III.
Mai 1800. Ainsi dans la vie militaire comme dans la vie civile, on sejalouse, on s’accuse, on se calomnie ! Les passions humainessont partout les mêmes, et la guerre n’est pas capable assu-rément de les refroidir, de les modérer, de les rendre justes.Ce qui est vrai, c’est que Saint-Cyr, mécontent de la coteriequi s’élait emparée de Moreau, affectait de se renfermer dansle commandement de son corps, à la tête duquel il opérait avecune rare perfection, mais ne suppléait jamais au commande-ment en chef, et attendait pour agir, des ordres qu’un lieute-nant doit savoir prévenir, surtout quand il entend le canon.Saint-Cyr, qui alléguait la proximité pour prouver que, si onlui avait envoyé des ordres, il les aurait reçus, s’accusait lui-même ; car la proximité le rendait inexcusable de ne pas ar-river avec une division au moins, là où une effroyable canon-nade signalait une lutte violente, et probablement de gravesdangers. Il allait, du reste, racheter bientôt par de grandsservices, les torts qu’il s’était donnés en cette circonstance.
Français et Autrichiens étaient épuisés à la fin de cettejournée. On ne sait jamais exactement, au milieu de la con-fusion des batailles, le nombre des morts et des blessés. Cenombre devait être grand à Mœsskirch. Trois mille hommesavaient dû succomber dans l’armée française, et près dudouble dans l’armée autrichienne. Mais l’armée françaiseétait pleine de confiance; elle avait conquis le champ de ba-taille, et elle voulait en partir le lendemain pour continuercette suite de combats, qui, sans lui procurer jusqu’ici des. résultats décisifs, lui assuraient cependant sur l’ennemi unesupériorité soutenue. L’armée autrichienne, au contraire,profondément ébranlée, n’était pas capable de poursuivrelong-temps une pareille lutte.
Tout le monde devine, après le récit que nous venons defaire, les critiques' élevées contre les opérations de Moreau \
1 Voir les Mémoires (le Saint-Cyr, p. 215 et sniv., t. vi, campagne de 1800.