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LIVRE IV.
Mai 1800. solennité calculée. Sa réponse devait concourir, avec lesarticles du Moniteur , à prouver que son voyage, annoncé aveclant d’apparat, était, comme l’année de réserve, une feinte,et pas davantage. Il chargea le Consul Cambacérès de prési-der à sa place le Conseil d’Etat, qui alors était en quelquesorte le gouvernement tout entier. Le Consul Lebrun eut mis-sion de veiller à l’administration des finances. 11 leur dit àchacun: Tenez vous bien; si un événement survient, ne voustroublez pas. Je reviendrais comme la foudre accabler lesaudacieux qui oseraient porter la main sur le gouvernement.— Il chargea particulièrement ses frères, qui lui étaient at-tachés par un intérêt plus personnel, de le tenir averti detoutes choses, et de lui donner le signal du retour, si sa pré-sence devenait nécessaire. Tandis qu’il publiait son départavec ostentation, les consuls et les ministres devaient, aucontraire, dire en confidence aux propagateurs de nouvelles,que le Premier Consul quittait Paris pour quelques jours, etuniquement pour aller passer la revue des troupes prêtes àentrer en campagne.
Au surplus, il partait plein d’espérance et de satisfaction.Son armée contenait beaucoup de conscrits, mais elle conte-nait aussi, et en bien plus grand nombre, des soldats aguer-ris, habitués à vaincre, commandés par des officiers formésà son école ; il avait en outre dans la profonde conception deson plan une confiance absolue. D’après les informations lesplus récentes, M. de Mêlas s’obstinait à s’enfoncer dans laLigurie, moitié de ses forces contre Gênes, moitié contre leVar. Le Premier Consul, ne doutant plus à ces nouvelles dela réussite de son entreprise, voyait déjà, dans son ardenteimagination, le point même où il rencontrerait et accableraitl’armée autrichienne. Un jour, avant de partir, couché surses cartes, y posant des signes de différentes couleurs, pourfigurer la position des corps français et autrichiens, il disaitdevant son secrétaire qui l’écoutait avec surprise et curiosité :