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LIVllE IV.
Mai 1800. pés de cette invasion subite, se hâtaient de faire évacuer Turin.Des barques descendaient le Pô, chargées de blé, de riz, demunitions et de blessés. Lannes s’empara de tous ces con-vois. L’abondance préparée par les Autrichiens pour leurarmée allait faire les délices de la nôtre.
Treize jours s’étaient écoulés, et la prodigieuse entreprisedu Premier Consul avait complètement réussi. Une armée de40 mille hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, avait passé,sans routes frayées, les plus .grandes montagnes de l’Europe,traînant à force de bras son matériel sur la neige, ou lepoussant sous le feu meurtrier d’un fort qui tirait à bout por-tant. Une division de 5 mille hommes avait descendu le petitSaint-Bernard; une autre de 4 mille avait débouché par lemont Cenis ; un détachement -occupait le Simplon ; enfin, uncorps de 13 mille Français, sous le général Moncey, était ausommet du Saint-Gotliard. C’étaient 60 et quelques mille sol-dats qui allaient entrer en Italie, séparés encore, il est vrai,les uns des autres, par d’assez grandes distances, mais cer-tains de se rallier bientôt autour d’une masse principale de40 mille hommes, qui débouchait par Ivrée, au centre dudemi-cercle des Alpes. Et cette marche extraordinaire n’étaitpas une folie d’un général qui, pour tourner son adversaire,s’exposait à être tourné lui-même! Maître de la vallée d’Aoste,du Simplon et du Saint-Gothard, le général Bonaparte avaitla certitude, s’il perdait une bataille, de pouvoir retourner aupoint d’où il était venu : tout au plus sacrifierait-il quelqueartillerie, s’il était pressé dans sa marche. N’ayant désormaisplus rien à cacher, il vint à Chivasso de sa personne, haran-gua les troupes, les félicita de leur fermeté devant la cavalerieautrichienne, leur annonça les grands résultats qu’il prévoyait,se montra, non-seulement à ses soldats, mais aux Italiens, auxAutrichiens, pour effrayer maintenant, par sa redoutableprésence, l’ennemi que naguère il voulait laisser endormirdans une profonde sécurité.