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LIVRE IV.
Mai 1800.
Cruelles
angoisses du ba-ron de Mêlasquand il apprendla vérité toutentière.
Etat
de dispersionde i’annéeautrichienne.
Hésitationsdu baronde Me'las.
le bord du Pô. Cet officier vit de ses propres yeux le vainqueur de Gastiglione et de Rivoli, et en instruisit son généralen chef, qui alors seulement put mesurer toute l’étendue deses dangers, car ce n’était pas un rassemblement de conscritsdont le Premier Consul aurait daigné prendre le commande-ment. Ce n’est pas tout; on avait douté que les Françaiseussent du canon, mais on venait d’entendre à la Chiusella lebruit de leur artillerie. Ce vieillard respectable, qui avait dé-ployé d’incontestables qualités dans la campagne précédente,fut livré alors à de cruelles angoisses. Chaque jour vint ajou-ter à son trouble, car bientôt il apprit que les têtes de co-lonne du général Moncey descendaient du Saint-Gothard.
11 était en effet dans une situation extraordinairement grave.Sur 120 mille hommes, il en avait perdu au moins 25 milledevant Gênes et le Var. Ceux qui lui restaient se trouvaientdispersés : le général Ott avec 30 mille hommes était devantGênes ; le général Elsnitz, avec 25 mille, devant le pont duVar le général Kaim, chargé de garder les débouchés de Suzeet Pignerol, avec une douzaine de mille hommes, avait perduSuze, et se retirait sur Turin. Le général Haddick, qui, avec9 mille hommes à peu près, devait garder les vallées d’Aosteet de la Sesia, venait de se retirer devant Lannes ; le généralWukassowich, qui, avec 10 mille hommes, observait les val-lées du Simplon et du Saint-Gothard, qu’allait-il devenir de-vant Moncey? Le baron de Mêlas lui-même était à Turiuavec un corps de 10 mille hommes, ramené de Nice. Le gé-néral Bonaparte n’allait-il pas fondre au milieu de tous cescorps dispersés, les battre les uns après les autres, et lesdétruire ? Peut-être il était temps encore de prendre des dé-terminations salutaires, à condition qu’elles fussent conçueset exécutées sur-le-champ ; mais le général autrichien perditquelques jours à se remettre, à se fixer sur les projets deson adversaire, à former les siens propres, à se résigner enfinaux sacrifices que devait entraîner une concentration de for-