HÉMOPOLIS.
que le grand visir lui-même, parti de Constantinople, était Sept, ut»déjà parvenu aux environs de Damas avec une puissantearmée; que les Russes et les Anglais devaient joindre uneforce régulière aux forces irrégulières des Turcs; que danscette extrémité, il restait une seule ressource, celle de traiteravec la Porte; et que le général Donaparte en ayant donnél'exemple et l’autorisation expresse dans les instructions lais-sées à son successeur, on allait essayer de stipuler avec legrand visir une sorte de domination mixte, au moyen de la-quelle la Porte occuperait la campagne d’Egypte, et perce-vrait le miri ou impôt foncier, la France occuperait les placeset les forts, et percevrait le revenu des douanes. Kléber ajou-tait que le général en chef avait bien vu venir la crise, et quec’était là le véritable motif de son départ précipité. M. Pous-sielgue terminait son rapport par une calomnie: le généralBonaparte, en quittant l’Égypte, avait, disait-il, emporté 2 mil-lions. Il faut ajouter, pour compléter ce tableau, que M. Pous-sielgue avait été comblé des bienfaits du général Bonaparte.
Telles furent les dépêches envoyées au Directoire parKléber et M. Poussielgue. Le général Bonaparte y était traitécomme un homme qu’on suppose perdu, et qu’on ne ménageguère. On le croyait en effet exposé au double danger d’êtrepris par les Anglais, ou sévèrement condamné par le Directoirepour avoir quitté son armée. Quel eût été l’embarras de ceuxqui écrivaient ces dépêches, s’ils avaient su qu’elles seraientouvertes et lues par l’homme objet de leurs calomnies, devenuaujourd’hui chef absolu du gouvernement?
Kléber, trop insouciant pour s’assurer par lui-même de lavéritable situation des choses, ne songeant seulement pas àexaminer si les étals qu’il envoyait étaient d’accord avec sespropres assertions, Kléber ne croyait pas mentir : il transmet-tait par négligence et mauvaise humeur les ouï-dire que lapassion avait multipliés autour de lui, au point de les conver-tir en une espèce de notoriété publique. Ces dépêches furent