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[Vol. 1.]
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LIVRE V.

Mars 18U0.

Batailled'Heliopolislivréele 20 mars.

il fallait suspendre les hostilités et attendre. — Le grand vi-sir et Kléber y consentaient, mais à des conditions inconci-liables. Le grand visir voulait qu’on lui livrât le Kaire ; Klé-ber voulait, au contraire, que le visir rebroussât chemin jus-qu’à la frontière. Dans un tel état de choses, combattre étaitla seule ressource.

Le 20 mars 1800 (29 ventôse an vin), avant la pointe dujour, l’armée française sortit du Kaire, et se déploya dansles riches plaines qui bordent le Nil,"ayant le fleuve à gauche, ledésert à droite, et en face, mais au loin, les ruines de l’antiqueHéliopolis. La nuit, presque lumineuse dans ces climats, rendaitles manœuvres faciles, sans toutefois les rendre distinctes pourl’ennemi. L’armée se forma en quatre carrés : deux à gauchesous le général Reynier, deux à droite sous le général Friant. Ilsétaient composés de deux demi-brigades d’infanterie chacun,rangées sur plusieurs lignes. Aux angles et en dehors, setrouvaient des compagnies de grenadiers, adossées aux car-rés eux-mêmes, leur servant de renfort pendant la marcheou les charges de la cavalerie, et s’en détachant pour voler àl’attaque des positions défendues, quand l’ennemi voulait te-nir quelque part. Au centre de la ligne de bataille, c’est-à-dire entre les deux carrés de gauche et les deux carrés dedroite, la cavalerie était disposée en niasse profonde, ayantl’artillerie légère sur ses ailes. A quelque distance en arrièreet à gauche, un cinquième carré, moindre que les autres, étaitdestiné à servir de réserve. On pouvait évaluer à un peumoins de dix mille hommes, les troupes que Kléber venait deréunir dans cette plaine d’Héliopolis. Elles étaient fermes ettranquilles.

Le jour commençait à paraître. Kléber, qui, depuis qu’ilétait général en chef, déployait, pour imposer aux Égyptiens,une sorte de luxe, était revêtu d’un riche uniforme. Montésur un cheval de grande taille, il vint montrer aux soldatscette noble figure, qu’ils aimaient tant à voir, et dont la fière