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[Vol. 1.]
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LIVRE VI.

Octob. 1800. « Général, l’Europe vous observe, la gloire vous attend, et

« je suis impatient de rendre la paix à mon peuple.

« Louis. »

Cette fois, le Premier Consul ne crut pas pouvoir se dispen-ser de répondre. Au fond, il n’avait jamais eu aucun doutesur ce qu’il avait à faire à l’égard des princes déchus. Indé-pendamment de toute ambition, il regardait comme imprati-cable et funeste le rappel des Bourbons. C’est de convictionqu’il les repoussait, quel que fût d’ailleurs son désir d’ôtre lemaître de la France. Sa femme avait été instruite de sonsecret, son secrétaire aussi; et bien qu’il ne leur fit pas l’hon-neur de les admettre à de telles délibérations, il leur donnases motifs. Sa femme s’était jetée presque à ses pieds, pourle supplier de laisser au moins quelque espérance aux Bour-bons ; il la repoussa avec humeur, et s’adressant à son secré-taire : Vous ne connaissez pas ces gens-là, lui dit-il; si je leurrendais leur trône, ils croiraient l’avoir recouvré par la grâcede Dieu. Ils seraient bientôt entourés, entraînés par l’émigra-tion; ils bouleverseraient tout, en voulant tout refaire, mômece qui ne peut pas être refait. Que deviendraient les nom-breux intérêts créés depuis quatre-vingt-neuf? Que devien-draient, et les acquéreurs de biens nationaux, et les chefs del’armée, et tous les hommes qui ont engagé dans la Révolutionleur vie et leur avenir? Après les hommes, que deviendraientles choses? Que deviendraient les principes pour lesquelson a tant combattu? Tout cela périrait, mais ne périrait passans conflit; il y aurait une affreuse lutte; des milliers d’hom-mes succomberaient. Jamais, non, jamais je ne prendrai uneaussi funeste résolution. — 11 avait raison. Tout intérêt per-sonnel à part, il faisait bien. Sa dictature, qui retardait l’éta-blissement de la liberté politique en France, liberté d’ailleursbien difficile alors, sa dictature achevait le triomphe de la Ré-