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LIVRE X.
Avril îeoi. donner des signes de mécontentement, parce qu’en s’y pre-nant ainsi, on les ébranlait au lieu de les ranimer; il savaitque Ganteaume avait besoin d’étre encouragé, soutenu, et nonpas désespéré par les éclats d’une colère que tout le monderedoutait alors comme le plus grand des malheurs. Aussi,loin de l’accabler de ses reproches, lui envoya-t-il son aide-de-camp Lacuée, afin de le consoler et de le ranimer, afin demettre à sa disposition des troupes, des vivres, de l’argent, etd’en obtenir immédiatement une nouvelle sortie. Il se borna,pour toute sévérité, à le blâmer, doucement, d’avoir quittéles parages de l’Afrique pour ceux des Baléares, et d’avoirattiré ainsi l’amiral Warren à sa poursuite.
Ganteaume était un brave homme, bon marin et excellentsoldat. Mais son état moral en ce moment prouve que la respon-sabilité ébranle les hommes, beaucoup plus que le danger ducanon. Cela même est honorable pour eux, car cela fait voirqu’ils craignent encore plus de compromettre les plans dontils sont chargés, que de compromettre leur vie. Ganteaume,encouragé par le Premier Consul, se mit à l’œuvre ; mais ilperdit du temps soit pour réparer les avaries de ses vais-seaux, soit pour attendre les vents favorables. 11 restait néan-moins encore quelques instants propices. L’amiral Warrens’était porté vers Naples et la Sicile. L’amiral Keith s’ap-prochait, il est vrai, d’Aboukir avec l’armée anglaise; mais iln’était pas impossible de tromper sa vigilance, et de débar-quer les troupes françaises, ou au delà d’Aboukir, c’est-à-direà Damiette, ou en deçà, à vingt ou vingt-cinq lieues à l’ouestd’Alexandrie, ce qui aurait permis à nos soldats de re-gagner l’Égypte, au moyen de quelques marches à traversle désert.
Nouvelle sortie Tandis que les instances du Premier Consul provoquaientde Ganteaume. ^ seconde sortie de Ganteaume, de nouvelles lettres partiesde Paris pressaient l’organisation des escadres de Rochefort,du Ferrol et de Cadix, pour faire arriver des secours en