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[Vol. 2.]
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L1VKE XIV.

Mai i«02. moyen de plus de metlre la France nouvelle en rapport avecles autres pays. Puisque c'était ainsi que dans toute l’Europe,on signalait à l’estime publique les services rendus, pourquoine pas admettre le même système en France? Les nations,disait-il, ne doivent pas plus chercher à se singulariser queles individus. L’affectation de faire autrement que tout lemonde, est une affectation réprouvée par les gens sensés, etsurtout par les gens modestes. Les cordons sont en usagedans tous les pays, qu’ils soient, ajoutait le Premier Consul,en usage en France! Ce sera un rapport de plus établi avecl’Europe. Seulement on ne les donnait en France, on ne lesdonne chez nos voisins qu’à l’homme bien né; je les donneraià l’homme qui aura le mieux servi dans l’armée et dans l’État,ou qui aura produit les plus beaux ouvrages. —

Une remarque frappait plus particulièrement le PremierConsul, et chez lui était devenue l’objet d’une véritable préoc-cupation: c’est à quel point les hommes de lu Révolutionétaient désunis, sans lien entre eux, sans force contre leursennemis communs. Tandis que les anciens nobles se donnaienttous la main; tandis que les Vendéens étaient, quoique épuiséset soumis, secrètement coalisés encore; tandis que le clergé,bien que reconstitué, formait cependant une corporation puis-sante, amie fort équivoque du gouvernement, les hommes quiavaient fait cette Révolution étaient divisés, et désavoués même,il faut le dire, par l’opinion ingrate et trompée. A peine lais-sait-on les élections aller seules qu’on voyait aussitôt surgirou des personnages nouveaux, à qui on ne pouvait imputerni inal ni bien, ou, par contre-coup, des révolutionnaires fou-gueux, dont le souvenir inspirait la terreur. Aux yeux d’unegénération nouvelle, qui ne savait aucun gré de leurs effortsà ceux qui, depuis quatre-vingt-neuf jusqu’à dix-huit cent,avaient tant souffert pour affranchir la France, le titre prin-cipal était de n’avoir rien fait. Le Premier Consul était con-vaincu, et avec raison, que, si on se prêtait à ce mouvement,