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[Vol. 2.]
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108 LIVRE XIV.

Juin 1802. qu’à faire concéder à tout le monde des pouvoirs fort étendus,mais viagers ; que telle était actuellement la disposition desesprits ; qu’il n’avait donc pas sous la main les éléments de laroyauté à l’anglaise, car il n’avait ni roi ni pairs ; que les sé-nateurs à vie de M. Sieyès, aristocrates d’hier, la plupart sansfortune, vivant d’appointements, seraient ridicules, si on es-sayait de les convertir en lords d’Angleterre ; que, si, à leur dé-faut, on voulait prendre les grands propriétaires, on se met-trait sur les bras les plus redoutables ennemis, car ils étaientroyalistes au fond du cœur, plus amis des Anglais et des Au-trichiens que des Français; qu’il n’avait pas de quoi faire unechambre haute; qu’en prenant les parleurs du Tribunat et lesmuets du Corps législatif, il aurait bien, à la rigueur, de quoifaire une chambre basse; mais que pour rendre sérieuse cetteimitation de l’Angleterre, il faudrait la tribune, la presse, desélections libres, et qu’on s’exposerait ainsi à recommencer lesquatre années du Directoire, dont il avait été témoin, et quine sorliraient pas de sa mémoire; qu’on avait vu se formeralors dans les collèges électoraux une majorité, qui, sous pré-texte d’écarter les hommes souillés de sang, ne voulait élireque des royalistes plus ou moins avoués; qu’on avait vu enmême temps cent journaux, tout pleins des fureurs du roya-lisme, pousser dans le même sens, et que, sans le 18 fructi-dor, sans la force prêtée au Directoire par l’armée d’Italie, onaurait assisté au triomphe de cette contre-révolution déguisée ;que bientôt, par un contre-coup inévitable, à ces électionsroyalistes avaient succédé des élections terroristes, dont tousles honnêtes gens avaient été effrayés, et avaient demandél’annulation; que, si on ouvrait de nouveau la carrière auxesprits, on irait, de convulsions en convulsions, au triomphedes Bourbons et de l’étranger ; qu’il fallait en finir, arrêter cetorrent, et terminer la Révolution, en maintenant au pouvoirles hommes qui l’avaient faite, et en consacrant dans nos loisses principes justes et nécessaires.