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LIVRE XIV.
Août 1862. sible. Délivré, par l’habileté de son collègue Cambacérès, decette résistance que dans sa fougue il voulait briser violem-ment, il venait enfin d’achever toutes ses œuvres, de faire ac-cepter les traités signés avec l’Europe, le Concordat, son sys-tème d’éducation laïque et nationale, la Légion-d’Honneur, etdo recevoir pour prix de tant de services le pouvoir à vie, etla grandeur des empereurs romains. En cet instant il repre-nait le travail des Codes : arbitre en même temps de tous lesintérêts du Continent, il réformait la Constitution de l’Alle-magne, et en distribuait le territoire à ses princes, avec uneéquité reconnue de l’Europe.
Maintenant, si oubliant ce qui s’est passé depuis, on s’ima-gine un moment ce dictateur, alors nécessaire, restant aussisage qu’il a été grand, unissant ces contraires que Dieu, il estvrai, n’a jamais réunis dans un même homme, cette vigueurde génie qui constitue les grands capitaines, avec celte pa-tience qui est le trait distinctif des fondateurs d’empire, cal-mant par un long repos la société française agitée, et la pré-parant peu à peu à cette liberté, honneur et besoin des socié-tés modernes; puis, après avoir rendu la France si grande,apaisant, au lieu de les irriter, les jalousies de l’Europe,changeant en une donnée permanente de la politique généraleles démarcations territoriales de Lunéville et d’Amiens, enfinterminant sa carrière par un acte digne des Antonins, et al-lant chercher, n’importe où, le successeur le plus digne pourlui remettre cette France organisée, préparée à la liberté, etpour toujours agrandie: quel homme eût jamais égalé celui-là!Mais cet homme guerrier comme César, politique comme Au-guste, vertueux comme Marc-Aurèle, eût été plus qu’un homme,et la Providence ne donne pas au monde des dieux pour legouverner.
Du reste, à cette époque, il paraissait si modéré après avoirété si victorieux, il était si profond législateur après avoir étési grand capitaine, il montrait tant d’amour pour les arts delà