LIVRE XVI.
Mars 1803-
Aliénationde la Loui-siane pourla somme dequatre-vingtsmillions.
Suite delànégociation.
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perdre un instant, M. de Livingston, ministre d’Amérique,et d’entrer en négociation avec lui au sujet de la Louisiane.M. de Monroé venait justement d’arriver en Europe, pour ré-gler avec les Anglais la question du droit maritime, et avecles Français la question du transit sur le Mississipi. A son ar-rivée à Paris, il fut accueilli par la proposition inattendue ducabinet français On lui offrait non pas quelques facilités detransit à travers la Louisiane, mais l’adjonction môme de cettecontrée aux Etats-Unis. Il ne fut pas embarrassé un instantpar le défaut de pouvoirs, et traita sur-le-champ, sauf la ra-tification de son gouvernement. M. de Marbois lui demandaquatre-vingts millions, dont vingt pour indemniser le com-merce américain des captures illégalement faites pendant ladernière guerre, et soixante pour le trésor de France. Lesvingt millions consacrés à ce premier objet devaient nous as-surer toute la bienveillance des négociants des Etats-Unis.Quant aux soixante millions destinés à la France, il était con-venu que le cabinet de Washington créerait des annuités, etqu’on les négocierait à des maisons hollandaises, à un tauxavantageux, et peu éloigné du pair. Le traité fut donc conclusur ces bases, et envoyé à Washington pour y être ratifié.C’est ainsi que les Américains ont acquis de la France cettevaste contrée, qui a complété leur domination sur l’Amériquedu Nord, et les a rendus les dominateurs du golfe du Mexiquepour le présent et l’avenir! Us sont par conséquent redeva-bles de leur naissance et de leur grandeur à la longue luttede la France contre l’Angleterre. Au premier acte de cettelutte, ils ont dô leur indépendance: au second, le complé-ment de leur territoire. On verra bientôt à quel usage furentemployés ces soixante millions, et quel résultat ils faillirentamener.
Ces précautions une fois prises, le Premier Consul suivitavec plus de patience le dénoûinent de la négociation. L’in-volontaire emportement dont il n’avait pu se défendre, en re-