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LIVRE XXVIII.

Sept. 1807.

Changementsopérés dansla compositiondu cabinetrusse.

de la guerre tout ce que Napoléon avait promis d’en faire sortir;seulement, pour le lier davantage, on devait se prêter à cequ’il désirerait. Il allait demander évidemment qu’on expulsâtla légation anglaise et la légation suédoise, qu’on marchât surla Finlande pour obliger la Suède à fermer le Sund. 11 fallaitle satisfaire sur tous ces points, pour qu’il consentît à laisserles troupes russes en Valachie et enMoldavie. Chose singulière,marcher en Finlande aurait dû être pour la Russie le premierde ses vœux, car c’était le premier de ses intérêts 1 . Pourtant,l’imagination du jeune empereur et celle de son vieux ministreavaient tellement pris les routes de l’Orient, que marcher surla Finlande était, de leur part, un vrai sacrifice, qu’ils faisaientuniquement pour obtenir qu’on les souffrit à Bucharest età Yassy.

L’empereur Alexandre avait alors au département des affai-res étrangères un ministre insignifiant, sans passions, sansidées, confident désagréable pour parler d’objets qui le lais-saient tout à fait froid : c’était M. de Budberg. Alexandre lecongédia, et réalisa son projet de confier les affaires étrangè-

1 Les historiens font trop souvent penser et parler les personnages histo-riques, sans avoir aucun moyen de connaître ni leurs pensées ni leurs dis-cours. Je ne me permets ici de rapporter les pensées les plus secrètes et lesconversations les plus intimes de l’empereur Alexandre, que parce que jepuis m'appuyer, pour le faire, sur des documents d’une authenticité irréfra-gable. Jai dit, dans une note du tome vu, livre xxvn, qu’il existait auLouvre une suite d’entretiens des généraux Savary et Caulaincourt avecl’empereur Alexandre et avec M. de Romanzoff, entretiens de tous les jours,d’une familiarité et d’une intimité telles, que je n’oserais les reproduire en en-tier, car Alexandre racontait jusqu’à ses plaisirs aux deux envoyés français;que ces entretiens, écrits an moment même où ils venaient d’avoir lieu, rap-portés avec une fidélité minutieuse, par demandes et par réponses, peignaientavec une vérité frappante ce qui se passait jour par jour dans l’esprit del’empereur et de son ministre. Aux instances, aux agitations mal dissimuléesde l’un et de l’autre, il est impossible de ne pas discerner clairement ce qu’ilspensaient. D’autres documents authentiques et secrets, tels, par exemple, quela correspondance personnelle de Napoléon et d’Alexandre, complètent cetensemble de preuves, et me permettent de donner comme certains les détailsque je fournis dans cette partie de mon récit.