BAYONNE.
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rôle se bornerait à servir de champ de bataille aux Anglais et Avril isos.aux Français, qu’elle serait horriblement ravagée, que sescolonies profiteraient de l’occasion pour secouer le joug de lamétropole; que si Napoléon savait se borner dans ses vuesd’agrandissement, donner de bonnes institutions aux payssoumis à son système, il établirait d’une manière durable luiet sa dynastie; que les peuples de la Péninsule, liés à ceuxde France par des intérêts de tout genre, quand ils verraientqu’ils se battaient pour la cause d’une famille beaucoup plusque pour celle de.la nation, finiraient par se rattacher à ungouvernement civilisateur; qu’après tout les dynasties quiavaient régénéré l’Espagne étaient toujours venues du dehors;qu’il suffisait que Napoléon ajoutât à son génie un peu de pru-dence pour que les Bourbons perdissent définitivement leurcause; qu’en tout cas l’Espagne serait accablée d’un délugede maux, et frappée certainement de la perte de ses colonies;qu’il fallait donc ne pas se jeter dans les filets de Napoléon,mais rebrousser chemin au plus tôt; que, si on ne le pouvaitpas, il fallait dérober le roi sous un déguisement, le ramenerà Madrid ou dans le midi de l’Espagne, et que là, placé à latête de la nation, il aurait de bien meilleures chances de trai-ter avec Napoléon à des conditions acceptables.
II est rare qu’un homme d’État pénètre dans l’avenir aussiprofondément que le fit M. d’Urquijo en cette occasion. Il n’ob-tint cependant que le sourire dédaigneux de l’ignorance aveu-glée, et dans son dépit il partit sur-le-champ, sans vouloiraccompagner le roi, pour lequel on lui demandait la continua-tion de ses conseils, tout en refusant de les suivre. — Si vousdésirez, dit-il, que j’aille seul à Bayonne, discuter, négocier,tenir tête à l’ennemi commun, tandis que vous vous retirerezdans les profondeurs de la Péninsule, soit; mais autrement jene veux pas, en vous accompagnant, ternir ma réputation,seul bien qui me reste dans ma disgrâce, et au milieu desmalheurs de notre commune patrie. —