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LIVRE XXXIV.
Janv. 1809. ministre des affaires étrangères de Russie. Comme il a étédit plus haut, ce ministre s’était rendu à Paris à la suite deNapoléon pour veiller lui-même aux négociations qui allaients’entamer avec l’Angleterre, et hâter autant que possible l’ac-quisition des provinces du Danube. La négociation avec l’An-gleterre ayant échoué, M. de Romanzoff aurait pu repartirpour Saint-Pétersbourg, afin de rejoindre son jeune maître,qui l’attendait avec une vive impatience. Mais un motif, tiréde leurs désirs communs, avait retenu M. de Romanzoff. 11ne fallait pas plus de deux mois, lui avait-on dit à Paris, pourterminer les affaires d’Espagne, pour ramener le roi Joseph àMadrid, pour l’y couronner de nouveau, pour jeter les An-glais à la mer, et inspirer à l’Europe des pensées de résignationau lieu de pensées de résistance à l’égard des desseins conçusà Erfurt. Il pouvait donc y avoir un intérêt véritable à différerencore les ouvertures qu’il s’agissait de faire à Constantinoplerelativement à la Moldavie et à la Valacliie; car si Napoléonétait complètement victorieux, l’Autriche n’oserait pas entre-prendre une nouvelle lutte, l’Angleterre ne trouverait pasd’alliés sur le continent, les Turcs n’en trouveraient ni surterre, ni sur mer, et, sans conflagration européenne, laRussie acquerrait les provinces du Danube, comme elle étaitprès d’acquérir la Finlande, au moyen d’une guerre toutelocale et d’une importance très-limitée. Ce motif valait lapeine d’un nouvel effort de patience, car ce n’était après toutqu’un retard de deux mois, et ces deux mois M. de Romanzoffavait jugé utile de les passer près des événements dont ilattendait l’issue. Dans l’intervalle il observait soigneusementle colosse dont la Russie était pour un temps la compliceplutôt que l’alliée; il en étudiait la force passagère ou durable;il cherchait à apprécier la valeur des mille propos répétés àSaint-Pétersbourg par les échos de la diplomatie européenne,et il vivait en attendant au milieu d’un nuage d’encens, carla cour impériale avait reçu l’ordre de combler de caresses