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LIVRE XXXIV.
Janr. 1809.
Exaspération
<ie
l'Allemagne
contre
les Français.
Dispositiondes peuplesallemandsallies
de la France
l’avoir battue et humiliée tant de fois, l’occupaient et la dé-voraient depuis trop longtemps. Il est certain que la pré-sence de nos troupes dans les pays vaincus, s’ajoutant auxsouvenirs amers des dernières années, produisait un senti-ment d’irritation extraordinaire. L’acte odieux de Bayonne,les difficultés rencontrées en Espagne, avaient tout à la fois,en Allemagne comme en Autriche, excité l’indignation et rendul’espérance. On ne détestait pas seulement, on méprisait uneperfidie qui n’avait pas réussi, et il fallait, disait-on, que l’Eu-rope en tirât vengeance. La Prusse, privée de son roi, quidepuis Iéna, vivait obscurément à Kœnigsberg, n’osant passe faire voir à ses sujets auxquels il n’avait rien à annoncerque la nécessité de payer encore 1 20 millions de contribu-tions, la Prusse était prête à se révolter tout entière, depuisle paysan jusqu’au grand seigneur, depuis Kœnigsberg jusqu’àMagdebourg. La retraite des Français, qu’on regardait noncomme la fidèle exécution d’un traité, mais comme une suitede leurs revers en Espagne, leur valait des mépris aussi in-justes qu’imprudents. Les derniers détachements de nos trou-pes sortis des places de l’Oder, en escortant nos magasinsqu’on réunissait à Magdebourg, avaient été partout insultés,et n’avaient pu traverser les villages sans y recevoir de laboue et des pierres. Les Français osaient à peine se montrerà Berlin, tandis qu’un chef de partisans, le major Schill, quien 1807 avait gêné par quelques maraudes le siège deDantzig, était reçu, fêté avec transport, comme si un chef departisans pouvait arracher l’Allemagne des mains de Napoléon.
Dans les pays alliés de la France on ne manifestait pas desdispositions beaucoup meilleures. En Saxe, bien que nouseussions rendu à la maison régnante la Pologne et un titreroyal, on disait que le roi pour ses intérêts personnels trahis-sait la cause de l’Allemagne, et écrasait ses sujets d’impôtset de levées de troupes, car la conscription était déjà uneplaie européenne qu’on imputait partout à Napoléon. En