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[Vol. 6.]
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LIVRE XXXV.

Mai 1809.

Sur l'avis de sesgénéraux et surla nouvelle durétablissementdes ponts, Na-poléon révoquel’ordre de la re-traite et se décidea combattre.

le détruire, car il était facile, grâce au rentrant du fleuve, dele protéger contre l’ennemi par une masse formidable d’artil-lerie. On pouvait attendre là, sous la protection d’un coursd’eau de 60 toises, devenu très-rapide et très-profond, quela consolidation du grand pont et la baisse des eaux permis-sent de préparer une opération sûre et décisive, Cet ordrecommençait à s’exécuter, lorsque les généraux de divisionélevèrent des objections fort naturelles contre l’abandon dede points tels qu’Essling et Aspern. Le général Molitor fit ob-server à l’Empereur que le village d’Aspern, dans lequel sadivision avait couché, avait une importance immense, quepour le reprendre il en coûterait des torrents de sang, qu’aucontraire une force peu considérable suffirait à le défendrelong-temps contre de grands efforts, et qu’il fallait y bien ré-fléchir avant de se résoudre à un tel sacrifice *. La chose étaittout aussi vraie pour Essling. Si on abandonnait ces deuxpoints, on devait renoncer à passer par cet endroit pourtantsi favorable, ajourner pour on ne sait combien de temps l’opé-ration si urgente du passage, délaisser les travaux exécutés,s’exposer en un mot aux plus graves inconvénients. Tandisque Napoléon pesait ces observations, on vint lui apprendreque le grand pont était définitivement rétabli, que les eauxbaissaient, que les convois d’artillerie chargés de munitionscommençaient à défiler, qu’il pouvait donc se regarder commeassuré d’avoir en quelques heures toutes ses ressources.Pourvu qu’il eût une vingtaine de mille hommes de plus, no-tamment les cuirassiers, et surtout ses caissons bien appro-visionnés en munitions, Napoléon ne craignait rien, et il res-saisit avec joie l’occasion, qu’il avait vu lui échapper un mo-ment, de joindre et d’accabler la grande armée autrichienne.En conséquence, il ordonna au général Boudet, qui n’avait pas

1 Je tiens ces détails de la bouche même de M. maréchal Molitor, sous ladictée duquel je les ai écrits le jour où il me les donnait, pour ne pas enperdre le souvenir.