206
LIVRE XXXVII.
sept. 1809. Napoléon n’avalt rien à gagner à agrandir la Saxe, la Bavière,à s’approprier un ou deux ports sur l’Adriatique, qu’il valaitmieux pour lui accroître la nouvelle Pologne, s’entendre avecl’Autriche, se l’attacher, et prendre en gré M. de Stadion,qui était bien revenu de ses idées de guerre. Napoléon, ex-cité par M. de Bubna, se laissa aller, et lui découvrit toute sapensée avec une sincérité d’autant plus adroite au fond, qu’elleavait plus l’apparence d’un entrainement involontaire '. —Vous avez raison, lui dit-il, il ne faut pas nous en tenir à ceque font nos diplomates. Ils se conforment à leur métier enperdant du temps , et en demandent plus que nous ne vou-lons, vous et nous. Si on se décide à agir franchement avecmoi, nous pourrons terminer en quarante-huit heures. Il estbien vrai que je n’ai pas grand intérêt à procurer une milliond’habitants de plus à la Saxe ou à la Bavière. Mon intérêtvéritable voulez-vous le savoir? C’est ou de détruire lamonarchie autrichienne en séparant les trois couronnes,d’Autriche, de Bohême , de Hongrie, ou de m’attacher l’Au-triche par une alliance intime. Pour séparer les trois couron-nes , il faudrait nous battre encore, et bien que nous devionspeut-être en finir par là, je vous donne ma parole que je n’enai pas le désir. Le second projet me conviendrait. Mais unealliance intime, comment l’espérer de votre empereur? Il ades qualités, sans doute; mais il est faible , dominé par sonentourage, et il sera mené parM. de Stadion, qui lui-même lesera par son frère, dont tout le monde connaît l’animosité etla violence. 11 y aurait un moyen certain d’amener l’alliance,sincère, complète , et que je payerais, comme vous allez levoir, d’un prix bien beau, ce serait de faire abdiquer l’empe-reur François, et de transporter la couronne sur la tête deson frère, le grand-duc de Wurzbourg. Ce dernier est un
1 U existe aux archives impériales plus (l’un compte-rendu de cet entre-tien, rapporté tant par Napole'on lui-même que par M. de Bubna.