SUR TALAVERA.
309
levais pas cette position. Je vous savais gré des offorts que vous fîtespour cela, du dévouement personnel avec lequel vous ralliâtes vous-mêmequelques troupes qui eurent besoin pendant quelques secondes de votrevoix et de votre présence pour se rappeler qu elles étaient du premiercorps et de l’armée impériale, et il m’en coûte plus que vous ne pensez,monsieur le maréchal, de ne pouvoir plus persister dans ces nobles mé-nagements.
«Dans un moment heureux où mon but était rempli, où 80 mille en-nemis avaient été découragés au point de ne plus oser faire aucun mou-vement, où je sentais que votre corps, trop faible quatre jours aupa-ravant pour contenir l’ennemi dans cette même position, était devenu,par suite de la bataille de Talavera, assez imposant pour l’arrêter, tan-dis qu’avec le reste de l’armée j’allais sauver Tolède, Madrid, battreVénégas et donner le temps au duc de Dalmatie d’arriver sur les der-rières des Anglais ; dans cet état de choses, monsieur le maréchal, jene dus vous témoigner que mon contentement. Je ne me serais jamaissouvenu, si vous ne me forciez à vous en parler pour vous tirer d’er-reur sur l’opinion que vous vous êtes formée de moi, que le plateau deTalavera a été mal attaqué par vous trois fois : le 27 au soir, et le 28au matin avec trop peu de monde. J^e 28, je vous avais donné l’ordrede faire attaquer par trois brigades à la fois, tandis que les trois antresbrigades seraient restées en réserve ; il n’en fut pas ainsi.
» Plusieurs officiers, entre autres un aide de camp du général Latour-Maubourg, envoyés près de moi par vous, monsieur le duc, dans la nuitdu 28 au 29, m’ont dit devant tout l’état-major général de l’armée quel’ennemi tournait votre droite, qu’il cherchait aussi à se porter sur lagauche du 4 e corps ; d’autres officiers me firent en votre nom d’autresrapports contradictoires, et ce fut alors que je me décidai à vous écriremoi-même pour vous demander un rapport écrit, et que, en attendant,je donnai l’ordre à tout le monde de prendre du repos, de rester dansses positions et d’attendre de nouveaux ordres an jour.
«Mais je m’aperçois, monsieur le maréchal, que j’entre dans des dé-tails inutiles, et je me hâte de finir cette lettre déjà trop longue pourvous et pour moi, en vous déclarant franchement que je regarde le rap-port que vous m’avez adressé comme plein de faits erronnés ; il paraîtque mon commandement vous pèse beaucoup, je ne dois pas vous taireque je désire aussi vivement que vous, monsieur le maréchal, qu’il plaiseà S. M. Impériale et Royale de vous donner une autre destination.
» Joseph.»