PARUE II, LIVRE VII. (1*42.) Ti9
cet honneur. M. le président de Lamoignon, grand ami de la mai-son, y dîna aussi. Il avoit, ainsi que madame de Broglie, ce petitjargon de Paris, tout en petits mots, tout en petites allusions fines.Il n’y avoit pas là de quoi briller pour le pauvre Jean-Jacques.J’eus le bon sens de ne vouloir pas faire le gentil malgré Minerve,et je me tus. Heureux si j’eusse été toujours aussi sage ! je ne se-rois pas dans l’abîme où je suis aujourd’hui.
J’étois désolé de ma lourdise, et de ne pouvoir justifier aux yeuxde madame de Broglie ce qu’elle avoit fait en ma faveur. Aprèsle dîner, je m’avisai de ma ressource ordinaire. J’avois dans mapoche une épître en vers, écrite à Parisot pendant mon séjour àLyon. Ce morceau ne manquoit pas de chaleur; j’en mis dans lafaçon de le réciter, et je les fis pleurer tous trois. Soit vanité, soitvérité dans mes interprétations, je crus voir que les regards demadame de Broglie disoient à sa mère : Hé bien ! maman, avois-jetort de vous dire que cet homme étoit plus fait pour dîner avecvous qu’avec vos femmes? Jusqu’à ce moment j’avois eu le cœurun peu gros ; mais après m’être ainsi vengé je fus content. Ma-dame de Broglie, poussant un peu trop loin le jugement avanta-geux qu’elle avoit porté de moi, crut que j’allois faire sensationdans Paris et devenir un homme à bonnes fortunes. Pour guidermon inexpérience, elle me donna les Confessions du comte deCe livre, me dit-elle, est un Mentor dont vous aurez besoin dansle monde : vous ferez bien de le consulter quelquefois. J’ai gardéplus de vingt ans cet exemplaire avec reconnoissance pour la maindont il me venoit, mais en riant souvent de l’opinion que parois-soit avoir cette dame de mon mérite galant. Du moment que j’euslu cet ouvrage, je desirai d’obtenir l’amitié de l’auteur. Mon pen-chant m’inspiroit très bien : c’est le seul ami vrai que j’aie euparmi les gens de lettres (').
Dès-lors j’osai compter que madame la baronne de Beuzenvalet madame la marquise de Broglie, prenant intérêt à moi, ne melaisseroient pas long-temps sans ressource, et je ne me trompaipas. Parlons maintenant de mon entrée chez madame Dupin, quia eu de plus longues suites.
Madame Dupin étoit, comme on sait, fille de Samuel Bernard
0) Je l'ai cru si long-temps et si parfaitement, que c’est à lui que, depuis mon re-tour à Paris, je confiai le manuscrit de mes Confessions. Le défiant Jean-Jacques n’ajamais pu croire i la perfidie et à la fausse: é qu'aprés en avoir été la victime (■).
f) An lieu de cette note, on lit celle-ci dans le premier manuscrit: n Voilit ce que j'aureis“ pensé toujours si je n'élois jamais revenu à reris, »